Le mariage royal

31-03-2010

« Le mariage royal » est le titre d’une exposition qui commémorera le 700e anniversaire du mariage de Jean de Luxembourg et Elisabeth – Eliška des Přemyslides, et de l’avènement de la dynastie luxembourgeoise au trône de Bohême. L’exposition occupera les mêmes locaux qui avait servi de résidence au couple royal, dans la Maison à la cloche de pierre, sur la place de la Vieille-Ville, à l’origine une tour gothique intégrée dans le complexe de l’ancien palais royal.

C’est le 1er septembre 1310 qu’a eu lieu le mariage de Jean de Luxembourg dit l’Aveugle, fils de l’empereur Henri VII et de Marguerite de Brabant, avec l’héritière de la couronne de Bohême, Elisabeth, sœur de Venceslas III, dernier roi des Přemyslides. Une alliance heureuse qui allait énormément influencer l’histoire de Bohême mais aussi celle de l’Europe, comme le souligne la commissaire de l’exposition, Klára Benešovská, de l’Institut d’histoire de l’art :

« Nous voulons présenter avant tout le milieu dans lequel Jean de Luxembourg dit l’Aveugle, en tant que prince de quatorze ans, est venu à Prague, comment il a dû s’adapter à ce milieu, ce qu’il pouvait y rencontrer de l’art courtois des derniers Přemyslides et comment il a pu perpétuer cette tradition aux côtés de la princesse Elizabeth. »

Comment a-t-il été accueilli à Prague ?

Jean de LuxembourgJean de Luxembourg « Il a été très bien accueilli, parce que c’était le choix d’une grande partie du milieu royal. C’est vrai qu’au moment de son arrivée, Prague était occupée par des troupes de Henri de Carinthie, mais finalement cela s’est bien passé et Jean de Luxembourg a pu, dès le début du mois de décembre 1310, entrer dans la ville de Prague. Le jeune couple est resté au centre de la ville, parce que le château royal, le château de Prague, avec l’église métropolitaine Saint-Guy, ne convenait pas très bien à la vie de la cour royale. »

Vous voulez dire que cette même Maison à la cloche de pierre qui a servi de résidence à Jean et à Elisabeth sera à elle seule un élément majeur de l’exposition ?

Maison à la clocheMaison à la cloche « Oui, l’exposition sera installée dans des salles historiques authentiques de cette maison gothique, qui fut autrefois un bâtiment de première importance bornant la place principale de la Vieille-Ville de Prague. »

Avec Jean de Luxemburg, une nouvelle dynastie, ouest-européenne, a été fondée sur le trône de Bohême. Quelle fut sa contribution aux arts, à la culture, à la prospérité du royaume, alors l’un des plus riches d’Europe, et de la ville de Prague ?

Le mariage de Jean de Luxembourg et Eliška PřemyslovnaLe mariage de Jean de Luxembourg et Eliška Přemyslovna « Pour ce qui est de la ville, Jean de Luxembourg y a fondé une confrérie de l’orfèvrerie et il a aussi contribué à la naissance de l’hôtel de ville de Prague, dans les années 1338. Dans la littérature historique, Jean de Luxemburg est souvent présenté comme le roi étranger : c’est vrai qu’il était avant tout un roi diplomate, capable d’inclure le royaume de Bohême dans la politique européenne de son époque. C’est grâce à lui que nous avons, comme son successeur, Charles IV, le roi sans doute le plus important de l’Empire romain au XIVe siècle. »

L’un des objets les plus précieux qui sera exposé à Prague s’appelle le Trésor de Středa. De quoi s’agit-il exactement ?

« Le trésor de Strzeda en polonais, en allemand on dit Neumarkt, a pris cette appellation d’après la ville de Strzeda sur le territoire de l’actuelle Silésie, qui fut autrefois aussi la ville natale du chancelier de Charles IV Jean de Neumarkt, Jan ze Středy. C’était une découverte fantastique datant des années 1980: lors de travaux de construction, on a retrouvé un trésor comprenant de nombreuses pièces de monnaie et des objets féminins ayant un rapport étroit avec la cérémonie du couronnement : un diadème, des bracelets, des boucles d’oreille, des anneaux et d’autres objets précieux qui appartenaient probablement à la famille royale des Přemyslides de Bohême. »

L’exposition nous réserve-t-elle d’autres surprises? Va-t-elle proposer au public d’autres éléments et objets inédits ou mystérieux ?

L'ange de PoissyL'ange de Poissy « Oui, nous sommes heureux de pouvoir exposer des manuscrits astronomiques qui étaient faits soit pour la cour de Venceslas II, soit pour Jean l’Aveugle : leurs origines font encore l’objet de débats parmi les spécialistes. Nous présenterons un globe du XIIIe siècle fabriqué lui-aussi probablement pour la cour royale de Prague. Nous aurons l’occasion, je l’espère, d’exposer quelques reliquaires faits pour Venceslas III et dont on ignorait l’existence jusqu’à présent et qui se trouvent dans les collections d’Escorial. Nous espérons aussi avoir une statue de l’ange de Poissy, pour présenter la sculpture liée à l’architecture de la cour de Philippe le Bel et de ses fils : l’exposition sur les rois maudits l’a déjà présentée à Paris. Car on trouve des parallèles stylistiques et des exemples artistiques assez proches entre les fragments des statues de la façade de la Maison à la cloche de pierre à Prague et les statues des anges de Poissy qui se trouvent aujourd’hui au musée de Cluny et au musée du Louvre. »

Peut-on trouver quelques autres traces, quelques réalisations communes de Jean et Elizabeth à Prague ?

« Oui, ils étaient tous deux à l’origine de quelques fondations qui devaient perpétuer l’oeuvre des derniers Přemyslides. C’était par ex. le cas des Augustins ermites de saint Thomas qui étaient financés par Elizabeth et Jean. Le couple a par ailleurs participé à la fondation de l’ordre des Dominicains, au couvent de Sainte-Anne dans la Vieille-Ville de Prague, et il a subventionné aussi les Frères mineurs de Saint Jaques. »

31-03-2010