Le journal de Petr Ginz, enfant déporté à Terezin et assassiné à Auschwitz

En 2004, le 27 janvier a été retenu en République tchèque comme date officielle de la Journée de la mémoire de l'holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité. La Journée de l'holocauste se rapporte à la libération du camp de concentration d'Auschwitz, il y a de cela cette année 60 ans. Elle rappelle le supplice de 6 millions de Juifs exterminés par les nazis. Une immense tragédie qui reste aujourd'hui présente, par ses conséquences morales, philosophiques, juridiques, religieuses, psychologiques et politiques. La Tchéquie rend hommage, en ce jour, 80 000 Juifs de Bohême et de Moravie, victimes de la Shoah. Les déportations de Juifs ont commencé en octobre 1941. La ville de Terezin, à 60 kilomètres au nord de Prague, a été l'une des destinations...

Le premier train transportant des Juifs tchèques arrive à Terezin le 24 novembre 1941. En soixante étapes, ils sont transportés dans l'ancienne forteresse de Terezin transformée par les nazis en ghetto juif: De puissantes murailles en briques rouges, des casemates obscures, humides et froides, des fossés qui pouvaient à tout moment être remplis d'eau de la rivière Ohre dans laquelle étaient jetées les cendres des morts. Terezin n'était pas un camp d'extermination, les gens ne mouraient pas ici dans des chambres à gaz. Pourtant 33 430 personnes, soit plus d'un quart des 140 000 prisonniers passés par Terezin, y sont mortes à la suite des mauvaises conditions hygiéniques, de sous-alimentation, de maladies, de souffrances physiques et psychiques. Terezin était une station de concentration d'où beaucoup continuaient leur chemin vers les camps d'extermination d'Auschwitz, Treblinka, Bergen-Belsen.

Tel a été le sort de Petr Ginz, né en 1928 dans une famille pragoise d'origine juive, déporté à l'âge de 14 ans à Terezin. Un grand talent littéraire et pictural, comme en témoigne ses notes, ses dessins et son journal qu'il a écrit depuis le mois de septembre 1941 jusqu'au mois d'août 1942. Ces documents ont été retrouvés par un concours de circonstances exceptionnelles 60 ans seulement plus tard. Comme nous l'avons déjà signalé, l'un des dessins de Petr Ginz qui se sont sauvegardés à Terezin, "La planète Terre vue depuis la Lune" a été porté dans l'espace à bord de la navette spatiale Columbia, par le cosmonaute israélien Ilan Ramon, pour accomplir symboliquement son rêve. Quelques semaines après la tragédie de la navette Columbia, en 2002, une famille de Prague a contacté le musée Yad Vashem de Jérusalem pour lui annoncer la trouvaille, au grenier de sa maison, d'autres objets personnels de Petr Ginz: six cahiers et ses dessins, en majeure partie les illustrations des romans de Jules Verne, son auteur préféré, ainsi que la première partie de l'un de ses romans, deux autres cahiers comprenant ses articles et une liste de travaux littéraires qu'il a créés. Cet héritage est devenu une propriété du musée Yad Vashem de Jérusalem, à l'exception de quelques dessins et du journal qui appartiennent à la soeur de Petr, Chava Pressburger, installée en Israël. La semaine dernière, le journal a été publié, sous le titre "Le journal de mon frère", aux éditions Trigon. "Ce livre fournit un témoignage symbolique sur les 1, 5 millions d'enfants juifs, victimes anonymes de la Shoah, lisons nous en avant-propos. L'éditeur, M. Vladislav Zadrobilek, nous a fait part de ses impressions:

" C'est une lecture triste, puisque le garçon qui avait 14 ans, s'est retrouvé, seul, à Terezin où il vivait relativement bien, dans le sens où il pouvait publier un journal du ghetto, Vedem, et qu'il est devenu une sorte d'ambassadeur des jeunes qui voulaient cultiver les arts et la culture dans le ghetto. Petr Ginz était jeune et vrai, il décrivait d'une manière authentique ce qu'il voyait autour de lui. La dernière note dans son journal écrite encore avant sa déportation, à Prague, sa ville natale tant aimée, porte la date du 9 août 1942: C'est un dimanche, et Petr écrit: "La matinée, je suis à la maison", ignorant ce qui allait arriver. Selon la classification des lois de Nuremberg, l'enfant de mère non juive et de père juif ne leur appartient plus, après avoir atteint l'âge de 14 ans: il est une propriété des autorités nazies, du Reich. Petr Ginz part en Pologne, et il n'est plus....C'est triste, car la navette spatiale qui a porté son dessin dans le cosmos s'est décomposée le jour de l'anniversaire de Petr, voilà la fin la plus triste de toute cette histoire..."

Après deux ans passés à Terezin, la soeur de Petr Ginz, Chava, le rejoint là-bas, ayant été elle-aussi déportée à l'âge de ses 14 ans. Ils ont eu un court moment pour se parler, s'embrasser et faire leurs adieux. Car le 28 septembre 1944, Petr est rangé au transport se dirigeant vers Auschwitz en Pologne. Sa soeur craint pour lui, ignorant, comme pratiquement tout le monde à l'époque, ce qu'est un transport vers Auschwitz. Elle restera sans nouvelles de lui. Seulement après la libération, elle apprendra que son frère est mort. Fixée en Israël, elle vient de temps en temps en Tchéquie, par ex. pour la récente exposition de ses tableaux au musée de Terezin. Puisqu'elle ne pouvait pas venir à la présentation du livre sur son frère qui a eu lieu au Musée juif de Prague, Chava Pressburger a écrit une lettre au directeur du musée Leo Pavlat. En voici un extrait: