Le 60e anniversaire de l'Insurrection nationale slovaque

Le monument de l'Insurrection nationale slovaque

Le 29 août prochain, 60 ans se seront écoulés depuis l'Insurrection nationale slovaque. Cet acte de résistance armée contre le pouvoir nazi, l'un des plus importants de la Deuxième Guerre mondiale, est commémoré également en République tchèque, puisque de nombreux Tchèques y ont pris part et que l'insurrection a contribué au rétablissement de l'Etat commun des Tchèques et des Slovaques.

Le monument de l'Insurrection nationale slovaque
Nous rappellerons tout d'abord que la situation en Slovaquie a été toute autre qu'en Bohême, occupée depuis 1939 par Hitler. Au lendemain de Munich, la Slovaquie a abandonné l'Etat commun pour créer, en novembre 1938, un Etat fascisant, dit libre. Une résistance commença à se consolider en Slovaquie dès 1943. Après la défaite des armées hitlériennes en Afrique du nord et le débarquement des Alliés en Sicile, il n'était plus aucun secret que l'Allemagne serait le perdant de la guerre. Puisque l'écoute de la radio étrangère n'avait pas été interdite en Slovaquie, il n'était dès lors pas un secret non plus que les Alliés ne reconnaîtraient pas l'Etat Slovaque libre, et que celui-ci disparaîtrait après la guerre. L'alpha et l'oméga de la résistance slovaque a donc été de s'assurer le maximum d'autonomie au sein de la Tchécoslovaquie, dont le gouvernement en exil à Londres a été le seul représentant légitime reconnu par les Alliés.

L'insurrection a éclaté le 29 août 1944. Qui ont été ses acteurs? Notre collègue du service allemand, Katherine Bock, a invité au micro l'historien Vaclav Vasko, qui, en tant que jeune étudiant à Bratislava, est entré dans l'unité de garde de Donovaly, dans les Basses-Tatras, et a participé, en tant que militaire, à l'insurrection.

Jan Golian
"Il s'agissait de trois composantes qui ont organisé l'insurrection. La première, militaire, était formée d'officiers tchécoslovaques qui souhaitaient le renouveau de la Tchécoslovaquie. Puis, il y avait le bloc civique qui s'est constitué en parti démocrate slovaque et souhaitait la même chose. La troisième composante, c'était le parti communiste slovaque qui, lui, voyait dans l'insurrection une occasion de s'emparer du pouvoir et appelait même à ce que la République tchécoslovaque ne soit pas rétablie et que la Slovaquie devienne une des républiques de l'URSS... L'insurrection a été très marquée par ce conflit intérieur entre les forces démocratiques, dont faisait partie l'armée, d'une part, et les communistes, de l'autre, qui avaient, eux-aussi, une force militaire - près de 30 000 partisans. Leur direction militaire se trouvait à Kiev, et leur direction politique ici, au CC du PCS."

L'insurrection slovaque était censée éclater au moment où l'armée soviétique approcherait de la frontière slovaque, pour pouvoir lui venir en aide. La réalité a cependant été un peu différente. A l'instar des insurrections qui éclatent dans les pays voisins de la Slovaquie, en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie et aussi à Varsovie, le mouvement partisan prend de l'ampleur également en Slovaquie. Pour l'arrêter, le président Jozef Tiso fait venir en Slovaquie les armées nazies. Leur entrée, le 28 août 1944, constitue le point de départ de l'insurrection. Ce même jour, le chef de l'état-major, Jan Golian, proclame, depuis l'émetteur de Banska Bystrica, le début de l'insurrection et annonce que la Slovaquie est en état de guerre avec l'Allemagne. Le pouvoir militaire nazi, avec à sa tête le général Höfl, dispose d'une armée régulière de 60 000 hommes. Parmi les partisans d'une trentaine de nations qui viennent en aide à l'insurrection, se trouvent des Français qui possèdent toute une unité indépendante.

Jozef Tiso
Quel a été le déroulement de l'insurrection? Les armées allemandes réussissent à désarmer les unités les mieux armées à l'ouest et à l'est du territoire slovaque. L'insurrection perd ainsi la partie la plus importante du territoire, là où se trouvaient des usines d'armement et des dépôts de munitions. Le col des Carpates est occupé par les nazis, qui séparent l'est de la Slovaquie du territoire des insurgés. La résistance se maintient autour de Banska Bystrica, en Slovaquie centrale. C'est ici que le dernier acte se joue. Le 27 octobre, la ville est évacuée et la direction de l'armée et les insurgés se déplacent à Donovaly. Du point de vue militaire, l'insurrection est battue. Une partie des insurgés resteront dans les montages jusqu'à l'arrivée de l'Armée rouge.

L'aide soviétique à l'insurrection sur laquelle on a compté, au début, a consisté dans l'opération dite des Carpates et de Dukla qui a duré du 8 septembre jusqu'au 28 octobre. Les Soviétiques y ont envoyé 34 divisions. Cette opération, l'une des plus sanglantes de la guerre, n'a pas réussi à établir une liaison avec les insurgés, ce qui était pourtant son objectif principal. Les unités tchécoslovaques ne sont entrées sur le territoire de notre pays que le 6 octobre 1944.

En quoi réside l'importance de l'Insurrection? Vaclav Vasko, participant direct à celle-ci et chronique vivante de l'époque, puisque emprisonné d'abord par la Gestapo, puis par les communistes, dans les années 1950, est sans doute le plus compétent pour le dire:

L'opération Dukla
"L'insurrection a eu une importance énorme notamment pour la Slovaquie elle-même. Sans l'insurrection, le gouvernement tchécoslovaque exilé à Londres aurait eu bien des peines à argumenter avoir lutté du côté des Alliés, alors que les Slovaques étaient placés de l'autre côté. La Slovaquie se serait retrouvée du côté des perdants, de même que la Hongrie et la Roumanie. Grâce aux Slovaques qui ont lutté dans l'insurrection, on a pu rétablir l'Etat commun. Grâce à eux, on a pu documenter, aux yeux de la communauté internationale, qu'ils n'avaient rien de commun avec le nazisme et qu'ils souhaitaient le renouveau de la Tchécoslovaquie. C'est dans cette dimension politique que réside l'importance de l'insurrection nationale slovaque."