La vie et le destin d'Emil Holub

Dans le cadre de cette rubrique je voudrais vous présenter la vie et le destin du premier tchèque qui avait traversé le continent africain, le docteur Emil Holub, mort le 21 février 1902, il y a donc 100 ans.

La passion d'Emil Holub pour la nature date de ses premières années à l'école pendant lesquelles il passait beaucoup de temps en lisant, notamment les récits de voyage, ou en observant la nature. Fils de médecin, il s'est décidé pour les études à la Faculté de médecine de Prague. A l'époque, il savait déjà qu'un jour il deviendrait explorateur et il connaissait aussi le but de ses explorations - l'Afrique qui l'attirait énormément. Pour pouvoir réaliser son rêve, il a lié connaissance avec Vojtech Naprstek, lui-même explorateur, et d'autres savants tchèques qui l'aidaient à préparer le voyage. Et, en effet, cent jours seulement après la fin de ses études supérieures, en 1872, le jeune Emil part pour l'Afrique, son projet n'étant pas du tout modeste: il voulait explorer les sources du Nil où, aucun homme n'avait mis encore les pieds. Muni de 500 florins, d'un thermomètre médical et de plusieurs boussoles, il s'est mis en route à Southampton en Angleterre d'où il est parti pour Le Cap et pour Port Elisabeth en Afrique du Sud où, aidé par le consul autrichien, il a obtenu l'autorisation d'exercer sa profession de médecin. Cela lui a permis de gagner l'argent pour payer le voyage.

Pendant la première expédition, Holub est arrivé aux terrains diamantifères entre les fleuves Orange, Limpopo et Zambèze en vue de s'installer pour une courte période à Kimberley où il soignait les chercheurs de diamants. Avant d'arriver aux chutes Victoria, il a traversé le Transvaal sud-africain et le Botswana. Pendant ce voyage il a non seulement ramassé beaucoup de matériaux d'histoire naturelle et découvert les gravures des Boschimens mais il a réalisé aussi l'une des premières et des plus précises cartes des chutes Victoria. Malheureusement, en passant à travers des rapides du Zambèze, la barque de Holub s'est renversée et presque tout les matériaux réuni ont fini dans les eaux du fleuve. Mais la perte des matériaux n'allait pas être la seule catastrophe à frapper Holub en Afrique, car ce dernier est tombé malade et a failli mourir. Il ne lui restait finalement qu'à retourner au Cap et terminer son voyage qui durait déjà sept ans.

Malgré l'échec de l'expédition, le retour de Holub au pays était triomphal. Il a emmené avec lui 90 caisses remplies d'objets ethnographiques et de sciences naturelles soigneusement classées. Pendant son séjour en Afrique, il est devenu célèbre dans toute l'Europe non seulement parce qu'il envoyait ses reportages à plusieurs magasines mais aussi grâce à son livre "Sept ans en Afrique du Sud" écrit dans les années 1872-79. Le quotidien londonien Times a écrit à l'époque: "Personne jusqu'à présent n'a décrit l'Afrique du Sud avec autant de détails que Emil Holub..."

La deuxième expédition démarrée en novembre 1883 comptait 6 hommes et une femme qui n'était personne d'autre que l'épouse de Holub - Ruzena Hoff - fille courageuse de l'inspecteur du palais des expositions viennois. Pendant la seconde expédition, Holub a suivi le même itinéraire que pendant son premier voyage. Après avoir traversé le fleuve Zambèze, il a été le premier à pénétrer les territoires de la tribu ennemie des Makololos. Mais la deuxième expédition allait, à son tour, connaître de malheurs: le docteur Holub va souffrir de douleurs rhumatismales, deux de ses guides ont succombé à un accès du paludisme, le bétail de trait mourait peu à peu et le coup le plus dure devait encore arriver: en août 1886, les Makololos ont tué un membre de l'expédition et pillé le camp. Pendant six jours, les explorateurs ont été poursuivis par ces sauvages, et c'est pourquoi le reste de l'expédition est arrivé au Cap complètement épuisé. Mais pas même cette fuite dramatique n'a empêché Holub de ramasser les matériaux.

Le retour à Prague a été de nouveau triomphal: Holub s'est vu décerner une quarantaine de prix, a été nommé membre d'honneur de plusieurs associations scientifiques dans le monde entier et il a organisé plusieurs expositions présentant ses prises africaines. La presse française a écrit à l'époque que sans Holub on n'aurait pas appris comment vivent les autochtones africains. Selon elle, Livingston a été avant tout missionnaire tandis que Holub était un vrai explorateur qui a apporté du continent africain: des centaines d'exemplaires de coléoptères, des arcs, des javelots, des sculptures et des onguents des sorciers, des figurines de noirs grandeur nature, des tanières de carnivores, deux mille oiseaux avec leurs nids, 3 000 serpents et des dizaines de milliers de plantes.

L'exposition terminée, on cherchait quelqu'un qui s'occuperait de tout ces matériaux précieux. La première proposition est venue de Chicago où l'on préparait à l'époque une grande exposition mondiale. Les Américains ont offert à Holub un million de couronne et le poste de directeur du Musée de l'Afrique. Holub a refusé car il voulait que cette riche collection ethnographique reste dans les pays tchèques. Il a décidé de l'offrir au Musée du royaume tchèque mais celui-ci l'a refusée, faute de place. Ainsi Holub a fini par donner pratiquement toute sa collection à des écoles et à des musées étrangers. Comme il devait payer les frais de transport, il s'est endetté et appauvri. Emil Holub a passé le reste de sa vie en écrivant les livres et en voyageant à travers le pays pour donner des conférences. Tourmenté par des maladies tropicales, le docteur Holub est mort à l'âge de 55 ans, le 21 février 1902 à Vienne où il repose également. Quant à l'épouse de Holub, Ruzena, elle a survécu à son mari de 56 ans, s'éteignant à l'âge de 93 ans. Et encore une chose avant de terminer ce programme, si vous vous retrouvez un jour en Bohème de l'Est, près de la ville de Pardubice, visitez le Musée de l'explorateur dr. Emil Holub dans la ville de Holice. C'est déjà tout pour aujourd'hui, je vous remercie de votre attention et à la prochaine.