La sainte Zdislava

02-01-2002

Les périodes d'une paix relative et celles de la tension, des conflits, voire des guerres, alternent dans l'histoire de l'humanité. Mais durant toutes ces périodes, dans toutes les situations, les individus sont appelés à la fidélité, la vérité, la conscience, la justice et l'amour. A cet appel, il faut répondre en risquant sa propre vie, souvant en la sacrifiant. L'histoire tchèque connaît une femme qui, par sa vie au service de Dieu, sa morale et sa grandeur spirituelle, transcendait largemenent l'époque dans la quelle elle vivait. Je parle de la sainte Zdislava, dame du XIIIe siècle, que le pape Jean-Paul II a canonisé le 21 mai 1995. Zdislava est morte le 1er janvier 1252, il y a donc 750 ans. A l'occasion de cet anniversaire, nous lui consacrons ces pages des Chapitres de l'histoire tchèque.

Qui fut Zdislava? Elle est née après l'an 1220 à Krizanov dans les Hauteurs tchéco-moraves de parents nobles, érudits et pieux; son Pribyslav occupait des postes importants à Brno, il était, entre autres, burgrave de Brno, et sa mère Sibyla venait de la région méditéranéenne qui représentait à l'époque l'un des centres culturels les plus importants d'Europe occidentale. Cette belle femme, cultivée et pieuse, arrivait en Bohême avec la suite de Kunhuta, fille de Philippe de Souabe et future épouse du roi Venceslas 1er. Zdislava a passé son enfance au château de Krizanov et à Brno. Grâce à ses parents, elle a reçu une bonne formation et gardait un grand respect pour la vie dans l'intégrité. Lorsqu'elle a entendu parler de la vie heureuse des ermites, elle a décidé de suivre leur exemple; elle quittait régulièrement le château pour passer des heures dans la nature où elle conversait avec Dieu et se privait de tout confort.

Suivant le témoignage d'un chroniqueur, Zdislava est devenue une jeune fille charmante qui préférait entrer dans un couvent. Elle voulait vivre dans la compagnie la plus proche de Dieu; peut-être, se doutait-elle que sa vie ne serait pas longue. Mais Dieu avait d'autres projets avec elle. Lorsqu'elle s'est mariée avec le seigneur Havel de Lemberk de la famille des Markvartic, elle n'avait que quinze ans. L'époux de Zdislava était un chevalier du XIIIe siècle devenu celèbre sur le champs de bataille. Mais il n'était pas seulement un vaillant guerrier, il avait esprit des croisés exaltés pour les affaires religieuses. Havel apportait son soutien aux frères dominicains et contribuait aussi à la construction de l'hôpital pragois Na Frantisku, bâti à l'inititative d'Agnès de Bohême, une autre sainte tchèque. Tout porte à croire que les deux saintes, Agnès et Zdislava, se connaissaient. Les chroniqueurs décrivaient l'époux de Zdislava comme un homme grossier, voire cruel envers sa femme, mais le contraire est plutôt vrai, car cet homme manifestait une grande compréhension pour les activités charitatives de sa femme, une chose inhabitulle à l'époque. Il est clair que sans son aide, Zdislava ne pourrait jamais réaliser ses projets.

Zdislava est devenue mère de quatre enfants. Avec son mari, elle a fit construire à Jablonné v Podjestedi, non loin du château de Lemberk, en Bohême du nord, l'église Saint-Laurent et un couvent pour les dominicains. Elle même est entrée dans l'ordre comme une collaboratrice laïque. Zdislava fréquentait souvent les pauvres, les pélèrins, malades, personnes nécéssiteuses rencontrant toujours un accueil chaleureux chez elle. Menant une vie modeste elle-même, elle distribuait l'argent partout où l'on en avait besoin. Aimée par tout le monde, Zdislava a reçu le nom de mère des pauvres. Le chroniqueur Dalimil décrit ses actes miraculeux: "Elle a ressuscité cinq morts, rendu la vue aux aveugles et guérri beaucoup de gens perclus et lépreux...", peut-on lire dans la Chronique de Dalimil. Vingt-quatre tableaux décorant les murs autour du tombeau de Zdislava, dans la crypte de l'église Saint-Laurent-et-Sainte-Zdislava à Jablonne v Podjestedi, traduisent ces actes de piété, cette force magique d'aider les souffrants. De nos jours, beaucoup de pélerins se rendent à la crypte Zdislava de toute la Tchéquie soit pour guérir une maladie rebelle ou simplement pour formuler un voeu. Nombreux sont ceux qui reviennent à la basilique avec des offrandes de reconnaissance, pour avoir obtenu satisfaction. Ayant un santé fragile et épuisée par ses obligations, Zdislava meurt en 1252 à l'âge de trente-trois ans.

Le peuple n'a jamais oublié Zdislava et depuis sa mort il ne cesse d'honorer sa mémoire, la classant parmi les autres patrons du pays. Des écrivains, poètes, sculpteurs et peintres lui ont consacré leurs oeuvres et beaucoup de documents écrits datant notamment de la période du baroque rappellent la vie de Sainte Zdislava. Mais parmi les monuments les plus remarquables rappelant cette sainte, il y a sans doute l'église baroque de Jablonné consacrée à saint Laurent et sainte Zdislava. Elle a été construite à l'emplacement d'une église primitive au début du XVIIIe siècle selon les plans de l'architecte célèbre Jan Lukas Hildebrand. Aujourd'hui, cette construction d'envergure est considérée comme l'un des monuments architectoniques les plus précieux de Bohême du nord. Sa grandeur domine la ville ainsi que ses alentours et sa coupole de vert malachit signale qu'elle enjambe le tombeau d'une femme majestueuse.

Au pied de la colline où se dresse le château Lemberk, il y a la fontaine qui porte le nom de Zdislava. Une source d'eau y jaillit qui jadis a eu ce pouvoir magique de guérir les malades. Reconnaissants, les gens qui ont retrouvé leur santé grâce à Zdislava, ont construit au-dessus de la fontaine la chapelle Sainte-Zdislava. L'idée de canoniser Zdislava est très vieille mais elle n'a été réalisée qu'au XXe siècle, le 21 mai 1995. Un an plus tard, l'église Saint-Laurent de Jablonne v Podjestedi a été élevée à la basilique minor Saint-Laurent-et-Sainte-Zdislava.

02-01-2002