La dentelle de Bohême de l’Est, un savoir-faire ancestral

15-01-2020

La dentelle remise au goût du jour ? En tout cas, celle de Vamberk, issue d’une longue tradition, vient d’être classée par le ministère de la Culture sur la liste du patrimoine immatériel de la République tchèque. Un premier pas vers un éventuel futur classement sur la prestigieuse liste de l’UNESCO. Ce classement est l’occasion d’évoquer la restauration récente d’une rare pèlerine du XIXe siècle décorée de plus de vingt mètres de dentelle.

Photo: Vamberecká krajka CZPhoto: Vamberecká krajka CZ

Depuis des siècles, la Bohême de l’Est est réputée pour ses textiles minutieux ainsi que pour son traditionnel travail de dentelle. La ville de Vamberk notamment, est connue pour sa production de dentelle depuis le XVIIe siècle, la première école enseignant sa confection ayant été ouverte en 1899. Spécifique, cette dentelle aux fuseaux a récemment été ajoutée par le ministère de la Culture à la liste du patrimoine culturel immatériel tchèque.

La pèlerine vient justement d’être restaurée à l’occasion du 750e anniversaire de la ville de Vamberk, photo: Jana Házová / Czech RadioLa pèlerine vient justement d’être restaurée à l’occasion du 750e anniversaire de la ville de Vamberk, photo: Jana Házová / Czech Radio Et pour ceux qui douteraient de l’ancienneté et de la qualité des dentelles de Bohême de l’Est, une remarquable pèlerine féminine partiellement faite de dentelle vient justement d'être restaurée à l'occasion du 750e anniversaire de la ville dans laquelle elle a été découverte.

C’est au dépôt du musée de la ville de Dvůr Králové nad Labem, en Bohême de l’Est, que repose ce vêtement de fête, qui a sans doute appartenu à une dame fortunée du XIXe siècle. De couleur beige et composée de 21 mètres de dentelle, la pèlerine est conservée dans une boîte tapissée de papier désacidifié, son textile étant sujet aux ravages du temps.

A en croire la conservatrice du musée Lenka Stehnová, qui l’a extraite de son écrin pour en donner à la Radio tchèque l’avant-première exclusive, la précieuse pèlerine était probablement portée lors de bals costumés ou bien à l'opéra, en automne et en hiver :

« Dans ce papier désacidifié se trouve une pèlerine qui a appartenu à une femme, et date des années 1870 ou 1880. »

« Elle a été conservée dans ce papier désacidifié afin que le tissu soit protégé au mieux de l’environnement acide qui nous entoure et de la saleté. Elle est en atlas et constitue un exemple assez rare de cette mode, puisque dans les musées tchèques, très peu de vêtements similaires ont survécu. Cette pièce vient probablement de l'atelier d'un tailleur local. Elle a des manches courtes fortement décorées de dentelle ; dentelle que l’on retrouve autour du corsage et de la jupe du vêtement. »

La pèlerine vient justement d’être restaurée à l’occasion du 750e anniversaire de la ville de Vamberk, photo: Jana Házová / Czech RadioLa pèlerine vient justement d’être restaurée à l’occasion du 750e anniversaire de la ville de Vamberk, photo: Jana Házová / Czech Radio

Bien que la provenance de la pèlerine n'ait pas été définitivement établie, elle date vraisemblablement de l'époque où une douzaine de familles juives fraîchement arrivées ont commencé à développer l'industrie textile locale. Quoi qu’il en soit, le raffinement du vêtement témoigne du savoir-faire des artisans de Bohême de l’Est, dont la production de dentelle est réputée depuis quatre siècles. Un raffinement à propos duquel la conservatrice ne tarit pas d’éloges :

La pèlerine vient justement d’être restaurée à l’occasion du 750e anniversaire de la ville de Vamberk, photo: Jana Házová / Czech RadioLa pèlerine vient justement d’être restaurée à l’occasion du 750e anniversaire de la ville de Vamberk, photo: Jana Házová / Czech Radio « Cette pèlerine a donné énormément de travail à la restauratrice. Au total, elle a dû réparer plus de 21 mètres de dentelle, car elle était déchirée par endroits et partiellement détruite. Maintenant, comme vous pouvez le voir, elle est à nouveau comme neuve ! »

Après six mois de travail, le musée de Dvůr Králové nad Labem prévoit d'exposer le vêtement, magnifiquement restauré, à partir de septembre prochain, pour marquer le 750e anniversaire de la première mention écrite de la ville.

A noter encore que la dentelle de Vamberk, dont il était question plus haut, n’est pas la seule à avoir rejoint la liste du patrimoine culturel immatériel tchèque, ajout qui pourrait éventuellement conduire à une nouvelle classification UNESCO pour la Tchéquie : les fêtes de la région d’Uherské hradistě sont également désormais considérées comme patrimoine protégé. Célébrations liées au christianisme mais aussi à l’abondance, elles se déroulent en général le jour de la fête du patron de l’église locale. Cela faisait de nombreuses années que la région d’Uherské hradistě et le Musée de la Slovaquie morave souhaitaient faire classer les fêtes de village de la région. C’est chose faite désormais, bien que la récente décision ministérielle ne garantisse pas leur inscription sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Photo: Vamberecká krajka CZPhoto: Vamberecká krajka CZ Recensées par l’UNESCO, six pratiques et expressions culturelles tchèques figurent déjà sur cette liste : la danse appelée « verbuňk », qui participe au folklore des régions de Moravie du Sud et de Zlín, le théâtre de marionnettes, le carnaval des villages de la région de Hlinecko, la fauconnerie, la Chevauchée des Rois dans le sud-est du pays, et dernièrement, l’impression sur étoffes indigo appelée « Blaudruck » ou « modrotisk ».

15-01-2020