Joseph II - un despote éclairé, un monarque aimé des Tchèques

23-02-2005

Il y a de cela 215 ans, le 20 février 1790, est décédé l'empereur autrichien, Joseph II, souverain éclairé qui a entrepris une série de réformes qui lui valent le surnom de despote éclairé : centralisation de l'administration, abolition du servage, liberté de la confession. Joseph II a été couronné empereur, à la mort de son père, François 1er, en 1765.

Joseph IIJoseph II Après son couronnement, Joseph II continue de partager le pouvoir avec sa mère, Marie-Thérèse, surtout en ce qui concerne la politique extérieure. Il voyage, alors, à travers l'Europe, visitant la Hongrie, l'Italie, la Galicie et enfin Paris où il vient rendre visite, en 1777, à sa soeur Marie-Antoinette, reine de France. Admirateur de Frédéric II de Prusse, Joseph se montre, comme lui, un esprit acquis aux Lumières. Disciple des philosophes français il veut gouverner selon les principes de la raison. Il se heurte, cependant, à de grosses difficultés, lorsqu'il entreprend, à la mort de sa mère, en 1780, d'unifier ses Etats, d'imposer partout la même langue, l'allemand, d'établir la liberté religieuse, d'abolir le servage et d'établir un impôt foncier redevable pour tous, nobles compris. Ses réformes heurtent les particularismes locaux et les sentiments religieux. Elles s'attaquent aux classes privilégiées de la société - l'aristocratie et l'Eglise et suscitent une résistance dans les milieux patriotiques, notamment en Bohême. Finalement, Joseph II doit revenir en arrière sur un grand nombre de ses mesures, et la fin de son règne est assombrie par de nombreux échecs en matière de politique étrangère : des révoltes éclatent au sud de l'empire et une guerre éclate contre la Turquie.

L'idéal de Joseph II est un empire centralisé administré par un appareil d'Etat omni-puissant avec, à sa tête, le souverain. Ses convictions religieuses appelées joséphisme subordonnent l'Eglise à l'Etat. Il établit le mariage civil, créé des séminaires généraux où les prêtres sont formés sous le contrôle de l'Etat, abolit des couvents ce qui affaiblit le pouvoir politique et la force économique de l'Eglise. L'Etat absolutiste ne tolère plus que l'Eglise ait une position indépendante de lui. Les idéaux des Lumières trouvent leur expression dans l'édit de tolérance de 1781. Ce document établit la liberté religieuse pour les partisans des deux principaux courants du protestantisme et ceux de l'Eglise catholique grecque. L'idée principale de l'édit de tolérance est contenue dans son introduction : "Etant convaincu de la nocivité de la violence dans les affaires de conscience et de l'utilité de la vraie tolérance religieuse, j'autorise /Joseph II/ tous les protestants, qu'ils soient luthériens ou calvinistes, à pratiquer leur religion ..."

Joseph IIJoseph II Il n'empêche, pour autant, que Joseph II sauvegarde la position privilégie de l'Eglise catholique. La liberté religieuse de la population protestante reste limitée : on ne peut construire leurs églises que dans une commune avec au moins 100 familles de cette confession. Une autre conséquence néfaste de l'édit de tolérance est qu'il ne tient pas compte des membres de l'Eglise hussite et de l'Unité des frères moraves protestants, relativement nombreux dans le pays, qui n'avaient pas le droit de fonder leur propre Eglise et devaient choisir entre les calvinistes et les luthériens. Parallèlement à l'édit de tolérance, on abolit une série d'arrêtés de caractère discriminatoire à l'égard des Juifs. De nouveaux ordres concernant la censure sont publiés: dorénavant, il est impossible d'interdire les livres pour leurs idées critiques orientées contre quiconque. Les oeuvres scientifiques ne doivent pas être soumises à une censure quelconque.

Dans l'esprit des idées éclairées, Joseph II apporte un soutien à la production industrielle naissante. En abolissant le servage, il change radicalement le rapport entre les seigneurs et leurs sujets. L'égalité de tous devant la loi est proclamée. Les paysans asservis deviennent libres, ils peuvent déménager, se marier, étudier sans autorisation. Le point culminant des initiatives de Joseph II - la réforme fiscale qui diminue les impôts et remplace la corvée par des prélèvements obligatoires en nature et en argent. Entrée en vigueur en 1789, cette réforme est, cependant, supprimée après la mort de l'empereur.

Joseph IIJoseph II Pour ce qui est des réformes au niveau de l'administration de l'Etat : Joseph II unit en un seul ensemble la Moravie et la Silésie, dont le chef-lieu devient Brno. Il unifie Prague, divisée jusqu'alors en Vielle Ville et Nouvelle Ville, Hradcany et Mala Strana. Il promulgue le code civil, abolit la peine de mort, réorganise l'université, abolit les couvents à l'exception de ceux qui exercent des activités utiles : éducation d'enfants, soins aux malades. La tentative de Joseph de centraliser la monarchie va de pair avec le besoin d'une langue unique, l'allemand. L'allemand devient la seule langue officielle enseignée à l'école et parlée dans les bureaux. Ceci suscite des craintes d'une germanisation forcée, auprès des patriotes tchèques. Leur activité en matière de défense de la langue tchèque en est encouragée. La période du règne de Joseph II est considérée comme le début du Réveil national tchèque.

Encore de son vivant, l'empereur a joui des sympathies du peuple tchèque. Ce dernier l'a aimé parce qu'il a amélioré sa condition. Les Tchèques l'appelaient avec fierté "l'empereur paysan." Beaucoup de légendes, poèmes et chants ont été créés après sa mort. Joseph II est décédé le 20 février 1790, à Vienne. Les milieux aristocratiques de Vienne et de Pest ont accueilli avec soulagement la nouvelle de son décès : c'était la fin d'un règne marqué de réformes et de bouleversements profonds. L'historien Ernest Denis a écrit plus tard de lui : "Un monarque qui a mis fin aux poursuites religieuses et aboli le servage mérite une place au panthéon national, à côté des meilleurs souverains."

23-02-2005