Ces héros oubliés

09-05-2007

Dans le contexte de célébration du 8 mai 1945, nous revenons aujourd'hui sur la Seconde Guerre Mondiale, avec le rôle, aussi méconnu que décisif, des soldats et aviateurs tchèques engagés danx les campagnes de France et d'Angleterre. Une Résistance extérieure, qui rappelait sur certains points, l'expérience des combattants tchèques de 1914-18 : efficacité, présence sur de multiples fronts...

Dès la fin 1939, La Résistance tchèque se décline sur deux modes, selon que l'on se place à l'intérieur ou à l'extérieur du protectorat de Bohême-Moravie. A partir de 1942, l'opposition armée ne peut plus s'exprimer qu'en dehors du pays. Après l'attentat réussi contre Reinhard Heydrich, une répression sans précédent s'abat sur tout le protectorat. La Résistance tchèque y survit difficilement. Les liaisons radio avec le gouvernement de Londres, si stratégiques, sont devenues impossibles. La durée de vie des organisations clandestines ne dépasse pas un an ! Enfin, de nombreux agents allemands s'infiltrent dans les groupes de résistants, on a évalué leur nombre à environ 80 000 !

Otakar Jaros (gauche) et Richard TesarikOtakar Jaros (gauche) et Richard Tesarik Dès 1939, on a commencé à former des unités tchécoslovaques combattantes, en France tout d'abord, où l'on recrute notamment des anciens des Brigades Internationales qui avaient combattu en Espagne. Après la victoire allemande, ils sont transférés en Grande-Bretagne, où le président Edouard Benes vient juste d'organiser un gouvernement tchécoslovaque provisoire en exil. A partir de là, les soldats tchèques vont s'illustrer sur de nombreux fronts, à tel point qu'on peut quasiment parler d'une mobilisation à l'échelle européenne !

On voit des unités tchécoslovaques combattre aux côtés des Français libres repliés en Afrique du Nord. En Yougoslavie, des Tchèques forment de véritables troupes de partisans. Il faut aussi mentionner ces membres de l'armée officielle tchèque, qui avaient été transférés en Italie par les Allemands parce qu'ils n'étaient pas sûrs. Nombre d'entre eux se joindront aux partisans italiens en lutte contre l'occupant.

En mars 1943, sur le front de l'Est, le premier escadron tchécoslovaque livre contre les Allemands une bataille sanglante en Ukraine, près de Kharkov. Son capitaine Otakar Jaros, qui y perd la vie, sera le premier étranger à recevoir le titre, posthume, de héros de l'URSS. Notons que son escadron, devenu «première brigade autonome», continuera la bataille et s'illustrera avec brio lors de la libération de Kiev.

L'armée tchèque renoue ainsi avec l'expérience de la première guerre mondiale, qui l'avait vue intervenir sur plusieurs fronts, en France, en Italie ou encore en Russie. Autre point commun avec la guerre de 1914-18, les combattants tchèques apportent une contribution très efficace aux Alliés.

Frantisek Perina (le troisième de gauche) en FranceFrantisek Perina (le troisième de gauche) en France Pendant la campagne de France, en 1940, les 110 chasseurs tchécoslovaques mettent au sol 160 avions allemands. Parmi ces pilotes, Alois Vasatko et Frantisek Perina recevront la Légion d'Honneur. Lors de la défense de Sedan, le jeune Perina détruit 4 avions allemands en quelques minutes.

En 1941-42, les aviateurs tchécoslovaques intégrés à l'armée britannique abattent pas moins de 200 appareils ennemis. Leur rôle dans la bataille d'Angleterre est de premier plan. Les aviateurs luttent avec acharnement contre les sous-marins allemands sur les lignes maritimes du blocus Allié. La 311ème escadrille de bombardement tchécoslovaque effectue quant à elle 148 raids sur l'Allemagne et les pays occupés de 1940 à 1942. Un bataillon d'infanterie tchèque affrontera même en Syrie des troupes du gouvernement de Vichy ! C'est cette même formation qui sera chargée, après le Débarquement en Normandie, de cerner une importante garnison allemande à Dunkerque.

Les aviateurs et soldats tchécoslovaques ont certes combattu pour leur pays. Mais ils ont aussi activement contribué à la défense de leurs pays d'accueil. Lors de la campagne de France, ils auront permis de sauver l'honneur face à la victoire-éclair des Allemands et durant la bataille d'Angleterre, les aviateurs participeront à la défense de la Grande-Bretagne.

Une unité d'aviateurs tchécoslovaques connaîtra un destin singulier. Il s'agit de l'unité formée en Pologne peu après le début du conflit. Lors de l'invasion allemande, ses éléments s'enfuiront dans zone russe, occupée suite au pacte germano-soviétique de 1939. Ils seront tous internés dans des camps soviétiques mais certains parviendront à gagner le Moyen-Orient via la Roumanie.

Aviateurs, membres des unités combattantes en Europe, tous ces héros figureront parmi les grands oubliés de l'après-guerre. Le pouvoir communiste voit d'un mauvais oeil ces résistants authentiques dont la légitimité pourrait menacer la leur. Leur sort paraît réglé lors des grands procès tchécoslovaques des années 1948-50.

Le général Heliodor Pika, qui avait, pendant la guerre, mis sur pied en URSS une mission militaire tchécoslovaque, sera exécuté. L'aviateur Perina, sur le point d'être arrêté en 1948, s'enfuit avec son épouse en Allemagne, dans la zone d'occupation américaine, d'où il s'exilera pour les Etats-Unis.

09-05-2007