Emil Hacha

Le 12 juillet, nous avons commémoré le 130e anniversaire de la naissance, en 1872, d'Emil Hacha, juriste, homme politique mais aussi poète. Cet homme fut le troisième président de la Seconde république, dans les années 1938-39, après la perte des Sudètes, avant de devenir, pour six ans, le Président d'Etat du protectorat de Bohême et de Moravie. Plus de cinquante ans après la guerre, Emil Hacha dont le nom est lié à jamais à l'occupation nazie de la Tchécoslovaquie, le 15 mars 1939, demeure une figure controversée de l'histoire tchèque. Symbole de collaboration avec l'ennemi, de trahison et de timidité, Emil Hacha ne l'est pas pourtant. Il était plutôt victime des événements historiques qui, en acceptant la fonction présidentielle, s'est sacrifié dans l'intérêt de la nation et celui de l'Etat. Voici le portrait de cet homme.

Voici tout d'abord les circonstances historiques. Le 15 mars fut la conséquence logique du dictat de Munich. Quelques jours seulement après sa signature, le président Edvard Benes abdique et à partir de ce moment on commence à compter les premières heures de la Seconde république avec le gouvernement du leader agraire et l'un des plus grands adversaires politiques de Benes, Rudolf Beran. Emil Hacha est élu président de la Seconde république, dans les années 1938-39.

Quel fut le gouvernement d'après-Munich et qui fut Hacha? En dépit de la lourde charge historique, le gouvernement s'est fixé un objectif très difficile, voire irréalisable: maintenir l'existence nationale, garder une certaine indépendance à l'égard du Reich, tenir en bride les éléments tchèques ayant des tendances fascistes et maintenir à tout prix le système démocratique dans le pays, ce qui n'était en réalité qu'une sorte de démocratie dirigée.

Le fardeau est lourd non seulement pour le peuple tchèque mais surtout pour son président à qui le sort devait jouer une partie inégale et malhonnête. A l'époque, les provocations des Allemands des Sudètes se multiplient et la pression de Hitler s'accroît. Ce dernier finit par inviter le président tchécoslovaque à Berlin. Le drame se déroule dans la nuit du 15 au 16 mars.

Accompagné de son médecin personnel, Emil Hacha, 67 ans, malade et fatigué, quitte Prague le 14 mars à 16h. Le lendemain, à 6h du matin, les troupes allemandes occupent le reste de la Bohême, les Sudètes faisant partie déjà du Reich.

Pourquoi donc cette visite forcée de Hacha à Berlin? Les Allemands avaient besoin de rendre légitime leur occupation de la Tchécoslovaquie. C'est pourquoi Hitler a invité Hacha à Berlin pour signer un accord. Prétexte à cet accord honteux: l'aide amicale de l'Allemagne aux Tchèques pour sauver ces derniers du danger bolchevique. La Tchécoslovaquie devait accepter l'occupation sans résistance armée. Hacha a été littéralement choqué par le contenu de l'accord qui a été formulé tout comme si c'était lui qui demandait cette « aide fraternelle ». Il savait très bien qu'aux yeux de la population tchèque cette signature ferait de lui un traître. Il a essayé de la retarder mais c'était une bataille perdue d'avance. Pour couper les hésitations de Hacha, les Allemands ont utilisé tous les moyens possibles. Ils menaçaient même de bombarder Prague. Hacha a capitulé. Il a choisi une « occupation paisible » à la transformation de Prague en un lieu ravagé par les bombes. La capitulation de Hacha devant Hitler est une conséquence logique aussi de l'état de santé dans lequel se trouvait le président tchèque à l'époque.

Ce dernier s'est présenté en effet devant Hitler comme un vieillard peureux, intimidé et s'agitant au bord de la crise cardiaque subite. Avant d'entrer dans le bureau de Hitler, il s'est effondré, car il avait appris l'occupation de la ville d'Ostrava par les troupes allemandes. Il est entré dans le bureau convaincu qu'il ne pouvait qu'éviter le pire. Après avoir signé et assumé toute la responsabilité, Hacha se trouvait dans l'état où il n'arrivait même pas à communiquer à ses ministres le sens du mot protectorat.

Ainsi, à 6h du matin, l'heure de l'occupation officielle, le gouvernement tchèque ne disposait toujours pas de suffisamment d'informations pour pouvoir réagir et informer le monde entier sur ce qui se passe en Tchécoslovaquie.

Durant le protectorat, Hacha ne cesse de protester contre la germanisation du peuple tchèque et fait beaucoup pour sauver les gens poursuivis ou arrêtés par les nazis. Il coopère avec la résistance.

Pour ses activités, les nazis essaient de l'isoler de la résistance et de rompre ses contacts avec le gouvernement exilé de Londres. En 1941, le président Hacha est pris en captivité. Mais ce n'est toujours pas la fin de ses outrances. En 1943, les Allemands, dont les troupes sont considérablement affaiblies après les combats sur le front oriental, lui demandent d'envoyer l'armée tchèque sur le front soviétique. Les Allemands le feraient eux-mêmes mais ils devaient respecter l'accord de 1938 qui les engageait à protéger le peuple tchèque et à le dispenser de toute activité militaire. Evidemment, Hacha refuse cette demande.

Dès 1943, en proie à une maladie psychique qui allait s'aggravant, Emil Hacha a pratiquement abandonné toutes ses activités. Il a passé les dernières années de sa vie au château de Lany. Le 17 mai 1945, il est arrêté et déporté à l'hôpital de la prison de Pankrac à Prague où il est mort le 27 juin de la même année.

Depuis sa mort et les funérailles qui se sont déroulées en catimini à Prague, Emil Hacha quitte les annales de l'histoire tchèque. Le régime communiste n'avait pour lui que du mépris, considérant Hacha comme traître qui a vendu le pays aux fascistes. Tel un personnage controversé et tragique surtout, il est revenu après la chute du régime communiste.