Victimes d’un virus, les merles noirs ont en grande partie disparu des jardins tchèques

Tandis qu’en 2017, on observait les merles noirs dans 98 jardins tchèques sur cent, aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 58. Selon les données récentes de l’Union tchèque des défenseurs de la nature, ce passereau a même presque totalement disparu de Prague et de la Bohême centrale et ce, en quelques mois à peine. En cause, le virus Usutu qui touche particulièrement ces petits oiseaux communs et qui les a frappés cet été, comme l’ont confirmé lundi les scientifiques de plusieurs institutions tchèques. Ce phénomène n’est pas circonscrit à la République tchèque, mais il touche malheureusement les populations de merles noirs dans toute l’Europe. Pour évoquer la situation, Radio Prague a interrogé François Turrian, directeur adjoint de l’Association suisse pour la protection des oiseaux, membre comme la Société ornithologique tchèque de l’ONG internationale BirdLife. Il a d’abord rappelé les origines de ce virus.

Merle, photo: Bernd Marczak, Pixabay / CC0Merle, photo: Bernd Marczak, Pixabay / CC0 « Le virus Usutu a été découvert en Afrique du Sud. Il porte le nom de la région d’Afrique du Sud où il a été détecté. Il semble qu’il contamine les oiseaux migrateurs et que ceux-ci aient acquis une certaine immunité. Par contre, lorsqu’ils reviennent nicher en Europe, ils sont capables de véhiculer ce virus et de le transmettre par l’intermédiaire d’un moustique à la faune indigène, c’est-à-dire à des oiseaux communs qui nichent en Europe moyenne comme les mésanges, les grives ou les merles. Ce sont des oiseaux qui, contrairement aux oiseaux migrateurs, ne sont pas immunisés. On a constaté en effet une mortalité particulièrement marquée chez les grives et les merles en particulier. »

Pourquoi chez les grives et les merles en particulier ? Je rappelle à ce propos qu’en République tchèque, selon les dernières données de l’Union tchèque des défenseurs de la nature, les merles noirs auraient disparu de près de la moitié des jardins du pays en quelques mois…

Grive, photo: MPF, CC 3.0Grive, photo: MPF, CC 3.0 « C’est effectivement extrêmement préoccupant. Dans d’autres pays d’Europe, on a également constaté des diminutions de merles régionales. Pour l’instant, on n’a pas de vision globale de la situation. Il serait d’ailleurs intéressant que les offices vétérinaires ou sanitaires nationaux fassent un bilan de la situation. Et c’est vrai qu’il faudra voir dans quelle mesure ces oiseaux sont capables de développer des défenses immunitaires comme parade par rapport à ce virus. La situation est sérieuse, il faut la suivre de manière attentive. Nous serons justement très attentifs lors de notre prochaine action en Suisse, ‘Les oiseaux de nos jardins’, à nous concentrer en particulier sur les merles noirs pour savoir quelle est la situation ce printemps au moment où les merles se mettent à nicher. »

Pourquoi les passereaux sont-ils particulièrement touchés ?

« C’est difficile à dire. On ne sait pas si les merles et les grives sont particulièrement vulnérables à ce virus. Il semble que ce soit le cas, mais on ne peut pas l’expliquer. On sait qu’on a aussi quelques contaminations chez les mésanges et les rouges-gorges. Mais c’est de loin les merles et les grives musiciennes qui sont les victimes désignées de ce virus à l’heure actuelle. »

Ce week-end, en République tchèque, a eu lieu un grand recensement participatif. Des volontaires étaient appelés à compter pendant une heure les oiseaux de leur jardin. Le résultat préliminaire de ce week-end est que la mésange serait l’oiseau le plus commun dans les jardins tchèques. Cela signifie que ce petit oiseau que l’on voit en effet partout ici pourrait être touché aussi…

Photo: Pixabay, CC0Photo: Pixabay, CC0 « Oui, ce n’est pas du tout exclu et il y a déjà eu des cas signalés. Mais il semblerait que ce ne soit pas du tout de l’ampleur de ce qu’on observe chez les merles. Cela montre vraiment bien qu’il est important de suivre les évolutions des populations d’espèces rares mais aussi celui des populations d’oiseaux communs. Des oiseaux autrefois très fréquents comme les alouettes ou les hirondelles ont beaucoup régressé en Europe. Là, ce n’est pas le virus, mais ce qui est en cause, c’est la disparition des habitats et l’utilisation excessive des pesticides. Jusqu’alors les merles n’étaient pas trop touchés : il a fallu un virus pour entamer la population de ces merles. Mais il faut rappeler que c’est surtout la diminution des habitats des oiseaux, l’usage des pesticides et l’urbanisation qui sont la cause principale du déclin des oiseaux en Europe. »

Ce virus Usutu, transmis par la piqûre du moustique, est-il transmissible à l’Homme ?

« Pour l’instant pas, mais c’est vrai qu’on doit être aussi attentifs. On sait que ce type de virus peut franchir la barrière des espèces. Ce n’est pas non plus exclu. Sans être alarmiste, il faut rester attentifs parce qu’on a eu d’autres précédents comme la grippe aviaire où l’on a vu qu’il y avait une contamination possible à l’être humain. Il faut donc rester prudents et attentifs sans sombrer dans la panique. L'être humain peut aussi être concerné, ce n’est pas du tout exclu que le virus puisse être transmis à l’espèce humaine. »

Photo: Barbora NěmcováPhoto: Barbora Němcová