Věra Jourová, candidate tchèque au poste d'eurocommissaire

C’est la fin d’un feuilleton politique de plusieurs semaines : l’actuelle ministre pour le développement régional, Věra Jourová, sera bien la candidate tchèque au poste d’eurocommissaire. Les sociaux-démocrates se sont ainsi rangés à la proposition du mouvement ANO en échange de diverses mesures d’ordre social. Le gouvernement tchèque espère désormais obtenir un poste d’importance dans le domaine économique à Bruxelles.

Věra Jourová, photo: ČTKVěra Jourová, photo: ČTK « Fumée blanche à Strakovka (le siège du gouvernement) : habemus commissarius ! » Le tweet posté lundi par le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Tomáš Prouza en dit long sur l’interminable dispute des trois partis de la coalition gouvernementale pour désigner le candidat tchèque qui rejoindra l’équipe du président de la Commission européenne nouvellement élu, le conservateur luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Celui-ci voulait davantage de femmes commissaires et le mouvement ANO, fort de son succès électoral aux dernières européennes, a donc emporté la mise. Věra Jourová va quitter son ministère pour Bruxelles, ce dont elle est ravie, ainsi qu’elle l’a déclaré en conférence de presse :

« J’ai l’Europe dans la peau. J’en conçois la dimension et je serais heureuse si, dans le cadre de la Commission européenne, nous parvenions à mener une politique bonne et équilibrée. J’ai trois priorités : faire preuve de professionnalisme dans la direction de mon cabinet […], donner de l’Union européenne une meilleure image en République tchèque […], et travailler, travailler pour la République tchèque à Bruxelles. »

Les commissaires européens n’ont cependant pas pour mission de défendre les intérêts de leur pays d’origine mais bien de travailler pour l’ensemble des Européens. Věra Jourová, dont la nomination a été saluée par le chef de l’Etat Miloš Zeman, lequel s’impatientait, espère obtenir un portefeuille important dans le domaine de l’économie. Malgré les difficultés répétées que rencontre la République tchèque à utiliser les fonds structurels européens, la future commissaire se voit bien poursuivre son activité en faveur du développement régional, mais à l’échelle européenne. Il est question cependant d’autres domaines de compétence : relations interinstitutionnelles et administration, transports ou encore industrie.

Alors qu’ils soutenaient la candidature de l’économiste, ancien ministre des Finances, Pavel Mertlík, les sociaux-démocrates se sont finalement ralliés à la proposition de la formation ANO, mais pas gratuitement, comme l’a fait savoir le premier ministre Bohuslav Sobotka :

Bohuslav Sobotka, photo: ČTKBohuslav Sobotka, photo: ČTK « La social-démocratie a décidé de valider et de soutenir la candidature de Věra Jourová. Nous sommes convaincus que cela servira les intérêts de la République tchèque en renforçant nos chances d’obtenir un poste clef à la Commission européenne. Dans le cadre des négociations, nous avons également ouvert deux points de notre programme qui nous paraissent importants et je suis content que nous ayons pu parvenir à un accord avec le mouvement ANO sur ces sujets. »

Concrètement, la social-démocratie a obtenu une rallonge de 750 millions de couronnes (plus de 27 millions d’euros) pour les services sociaux, et notamment pour l’augmentation des salaires des employés du secteur, ainsi qu’une hausse accrue du salaire minimum, qui devrait être réévalué de 700 couronnes (25,5 euros) en janvier 2015, contre les 500 couronnes (18 euros) prévues initialement.

Le milliardaire Andrej Babiš, ministre des Finances et leader de la formation ANO, qui a fait ces concessions aux sociaux-démocrates, est perçu par l’opposition comme le grand vainqueur de ses longues tractations gouvernementales, lui qui disposera désormais d’un relai fidèle à Bruxelles.

Il reste enfin à déterminer qui prendra la succession de Madame Jourová à la tête du ministère pour le développement régional. Andrej Babiš, verrait bien à ce poste celle qui était jusqu’alors son adjointe, Klára Dostálová, et qui avait la charge de la gestion des fonds européens et des programmes opérationnels régionaux.