Une vidéo contre la gauche suscite la polémique sur le web

A un mois des élections législatives, une vidéo contre la gauche a provoqué une controverse. Tournée par le réalisateur Petr Zelenka et mettant en scène deux jeunes acteurs, Martha Issová et Jiří Madl, celle-ci s’inspire directement – ou pompe, diront ses adversaires – d’une vidéo similaire tournée par une jeune démocrate américaine, Sarah Silverman, pour soutenir Obama. Sauf que le spot ne plaît pas à tout le monde...

Martha Issová et Jiří MádlMartha Issová et Jiří Mádl « Persuade ta mémé, persuade ton pépé », « si la gauche remporte les prochaines élections, ce sera la faute des vieux », « les vieux votent à gauche, ce sont des gens de votre famille » : phrases choc, images parodiques montrant le cerveau d’une personne âgée aussi vide que celui d’Homer Simpson, la vidéo qui circule depuis la mi-avril sur Internet n’y est pas allée avec le dos de la cuiller. Pour convaincre les jeunes d’aller voter, à droite bien sûr, les trois créateurs de cette « vidéo virale » dénoncent, entre autres, la « mémoire sélective » des personnes âgées considérées comme oublieuses de quarante ans de communisme. Pour faire passer le message, exagération et caricature à l’extrême sont utilisées sans vergogne. Une méthode que défend la comédienne Martha Issová :

Martha Issová et Jiří MádlMartha Issová et Jiří Mádl « On voulait s’adresser aux jeunes car c’est dans cette couche de la population que la léthargie est la plus grande, que l’on pense que le bulletin de vote n’a pas d’impact. Donc si on veut faire passer un message, susciter une réaction sur ce qui se passe autour de nous, je ne crois pas qu’un discours sophistiqué soit très efficace. »

Evidemment, tout le monde n’est pas de cet avis. Quelques perles en effet émaillent ces trois minutes, hésitant parfois entre le scato et le porno. La vidéo en a choqué plus d’un pour sa vulgarité, loin du piquant de la vidéo de Sarah Silverman. Mais c’est surtout les attaques contre les seniors qui semblent avoir le plus suscité la polémique. On écoute le politologue Jiří Pehe :

« Quand je l’ai vue, ça m’a atterré. Evidemment tout le monde a le droit de s’engager, d’exprimer ses opinions politiques, même en ayant recours à l’exagération. Malheureusement, ce clip m’a choqué pour ce qu’il contient de darwinisme social, pour sa façon de considérer les personnes âgées. Il y a différentes façons pour les artistes d’inciter les jeunes à voter, et on peut le faire sans faire de l’agitation politique, surtout pas pour un seul parti politique. »

Les artistes en question se défendent d’avoir appelé à voter pour un parti politique, nommément l’ODS (parti de la droite libérale), ou d’avoir voulu insulter les seniors. Pourtant le clip vidéo donne une vision très manichéenne de la société : entre des personnes âgées forcément nostalgiques d’avant 1989 et des jeunes forcément incapables de se faire une opinion autrement qu’avec un message coup de poing. Alors est-ce là aussi le signe d’un vrai fossé entre les générations ? Pour Jiří Pehe, en tout cas, impossible de dire s’il y a un « vote jeune » ou un « vote vieux » :

« Je ne sais pas si les jeunes votent à droite et les seniors à gauche. Ce n’est pas aussi clair que cela. Pour moi le problème, c’est qu’ils mettent toute la gauche dans le même sac. Ensuite, je trouve particulièrement de mauvais goût pour des jeunes qui sont nés juste avant la révolution d’aller expliquer aux personnes qui ont vécu sous l’ancien régime tout ce qu’ils ont fait de mal à l’époque, comment ils sont devenus paresseux. Je trouve plutôt mal venu d’aller leur donner une leçon de bonnes manières. »

Le chef du Parti des Verts, Ondřej Liška et la sociologue Jiřina ŠiklováLe chef du Parti des Verts, Ondřej Liška et la sociologue Jiřina Šiklová En tout cas, si le but de la vidéo incriminée était de susciter le débat, on peut dire que c’est un coup de maître. Les contre vidéos, les parodies de parodie, les groupes sur facebook fleurissent sur le web. Les Verts eux-mêmes ont tourné un clip appelant les grands-parents à ne chouchouter leurs petits-enfants que s’ils votent écolo.

Une chose est sûre : finalement, ce ne seront peut-être pas les vraies fausses affiches de campagne électorale ou les dénonciations traditionnelles des partis qui feront le plus de bruit... Plus que toute autre élection auparavant en République tchèque, les législatives 2010 se jouent désormais aussi à l’aune des réseaux sociaux et de l’Internet, avec tous les avantages mais aussi les écueils qu’on imagine.