Une nouvelle loi pour protéger les « pigeons » des bureaux de change à Prague

02-04-2019

Ce lundi, un nouvel amendement visant à lutter contre les pratiques obscures de certains bureaux de changes tchèques est entré en vigueur. Il garantit aux clients le droit d’annuler une transaction dans les trois heures, ainsi que l’interdiction de séparer les frais de change du taux de change.

Photo : Michaela Danelová, ČRoPhoto : Michaela Danelová, ČRo Les Tchèques – et les touristes de passage - en ont assez des abus des bureaux de change, dont certains appliquent des taux ahurissants ou imposent de lourdes commissions. Aux étrangers fraichement arrivés et pas assez méfiants, ces bureaux peuvent réserver de mauvaises surprises.

Pour mettre fin à ce problème, un nouvel amendement à la loi sur les bureaux de change, adopté par le Parlement en décembre, est entré en application ce lundi. La porte-parole de la banque nationale tchèque, Markéta Fišerová, explique comment cet amendement va profiter aux clients :

« Le changement le plus important, c’est le nouveau droit, pour les clients, d’annuler l’échange dans un délai de trois heures après la transaction. Ensuite, l’autre avancée importante, c’est l’interdiction d’attirer le client avec des taux particulièrement avantageux, ceux qu’on appelle les "taux VIP". Enfin, l’amendement met aussi fin à la pratique de la séparation du taux de change et des frais de change. Ces frais seront désormais compris dans le taux initial. »

Entre 250 et 300 plaintes par an

Photo : Filip Jandourek, ČRoPhoto : Filip Jandourek, ČRo Selon Markéta Fišerová, la banque nationale tchèque reçoit chaque année entre 250 et 300 plaintes pour les pratiques fallacieuses des bureaux de change. Et ce ne serait que la partie émergée de l’iceberg, la majorité des clients étant des touristes qui ne déposent jamais de plainte.

Si les bureaux de change refusent de se soumettre au client faisant valoir ses droits, ce dernier est invité à leur rappeler qu’ils enfreignent la loi. Si le client reste ignoré, il peut constituer un dossier, à partir de photos, de témoins ou du reçu, et par la suite contacter la banque nationale tchèque.

Quant à savoir si cette nouvelle législation mettra un terme aux pratiques malhonnêtes, Markéta Fišerová refuse de faire des pronostics, mais reconnaît que cela pourrait avoir des conséquences sur les bureaux de change les moins scrupuleux.

Filip Hanzlík, photo : Archive de Filip HanzlíkFilip Hanzlík, photo : Archive de Filip Hanzlík A noter cependant que le droit d’annuler un échange ne pourra être invoqué que pour des échanges supérieurs à 1000 euros. Le remboursement par le bureau de change sera basé sur le taux déclaré par la banque nationale la veille.

Tout le monde ne voit pas un progrès dans cette nouvelle législation. L’Association des Bureaux de Change a déjà exprimé des réserves concernant cette nouvelle loi, et le directeur exécutif adjoint de l’Association bancaire tchèque Filip Hanzlik annonçait en octobre que cette nouvelle régulation pourrait conduire ni plus ni moins à la fermeture des bureaux de change.

Éviter les pièges

Photo : Klára StejskalováPhoto : Klára Stejskalová Le meilleur moyen d’éviter les pièges des bureaux de change reste encore de savoir ce qu’est un taux de change honnête. Le Youtubeur Janek Rubeš, plus connu sous le nom de The Honest Guide, s’est fait connaître en réalisant plusieurs vidéos sur la question, et même une carte des bureaux de change honnêtes (www.google.com/maps/d/viewer?mid=1jmZ7dEkDNIqSePBPzWHHjSQ5_m_97rOK&ll=50.08196856173851%2C14.419339849999915&z=15). La règle est simple : 1 euro vaut 26 couronnes. Une règle qui est loin d’être respectée par tous les bureaux de change…

« Nous sommes sur la place de la Vieille-Ville, et vous voyez ici ce bureau qui indique en grand « 0% de commission sur la transaction ». Ce n’est pas vrai ! Vous vous rappelez que je vous ai dit que 1 euro, c’est 26 couronnes ? Eh bien ici, pour 1 euro, vous aurez 15 couronnes. C’est presque la moitié ! Ils vous plument comme des pigeons. »

Le vidéaste, qui a largement contribué à faire parler de ce sujet, a même poussé la mairie de Prague à résilier, début février, les baux des bureaux aux taux les plus bas dans la vieille ville.

02-04-2019