Un drame bulgare grand vainqueur du festival de Karlovy Vary

08-07-2019

Le festival international du film de Karlovy Vary s’est achevé samedi dernier par la traditionnelle remise des prix aux différents lauréats lors d’une élégante cérémonie de clôture. Radio Prague a pu interviewer une partie des heureux gagnants, parmi lesquels les auteurs du drame bulgare et grec « The Father », désigné meilleur film de cette 54e édition.

Photo : Ondřej TomšůPhoto : Ondřej Tomšů

Patricia Clarkson, photo : ČTK / Kateřina ŠulováPatricia Clarkson, photo : ČTK / Kateřina Šulová Le jury formé de Sergei Loznitsa, Štěpán Hulík, Annemarie Jacir et Charles Tesson ont remis un Globe de cristal à Patricia Clarkson « pour sa contribution exceptionnelle au cinéma mondial ». L’actrice américaine, connue notamment pour ses rôles dans La Ligne verte, Les Incorruptibles ou plus récemment dans la série House of Cards, a loué l’atmosphère du festival tchèque :

« C’est très spécial. Tout d'abord, j'adore cet endroit. J'aime les gens ici. Je pense que c’est l’un des plus beaux festivals auxquels j’ai participé, et le fait d’être honoré ici rend cette récompense vraiment spéciale. C’est une belle reconnaissance, car elle est dédiée à tout ce que vous avez fait. Ce n’est pas juste pour une performance, mais ce à quoi vous avez consacré une grande partie de votre vie. Je me sens donc chanceuse, très chanceuse même de pouvoir être ici. »

« Surematu », photo : Film Festival Servis Karlovy Vary« Surematu », photo : Film Festival Servis Karlovy Vary Le Grand prix du documentaire a été attribué au film estonien « Surematu » (« Immortel », en français), œuvre de Ksenia Okhapkina. Pour son premier long métrage, la jeune réalisatrice russe s’est rendue dans la ville d’Apatity, un ancien camp du Goulag où la population a continué à vivre après l’effondrement du système concentrationnaire. Elle dresse un portrait très sombre de la ville industrielle et de la société russe post-communiste. Selon elle, ne serait-ce qu’en matière de culture, après soixante-quinze années de propagande, « l'Homo Sovieticus » na’urait ainsi toujours pas disparu :

« Vous ne pouvez pas dire que la culture que nous avons maintenant est russe. Parce qu’elle est en fait internationale, deux cents nations vivent en Russie. Ce que vous avez en Russie, c'est une culture soviétique. De plus, si vous visitez les pays de l’ancien monde soviétique, vous rencontrerez les mêmes traces de cette culture, qui séduit l'être humain et qui est très pratique et un peu cosmique dans ses idées. Cela laisse une énorme trace, et je ne sais pas combien d’années devront s'écouler avant que les gens changent suffisamment. »

Kristina Grozeva et Petar Valchanov, photo : ČTK / Slavomír KubešKristina Grozeva et Petar Valchanov, photo : ČTK / Slavomír Kubeš Le prix du meilleur film a été attribué au duo de cinéastes bulgares Kristina Grozeva et Petar Valchanov. Pour leur troisième collaboration, les deux réalisateurs ont fait appel aux talents d’Ivan Barnev et d’Ivan Savov pour une comédie dramatique centrée sur la relation entre un père artiste plutôt ténébreux et son fils photographe. Après avoir perdu sa femme Ivanka, Vasil croit qu’elle utilise son téléphone pour l’appeler depuis l’au-delà. Il fait alors appel aux services d’un médium pour essayer d’entrer en contact avec elle. Incapable de raisonner son père, Pavel (Ivan Barnev) va devoir le suivre lors de ce road trip absurde en terre bulgare. Le réalisateur Petar Valchanov explique comment lui est venue cette idée :

« L’origine remonte aux jours qui ont suivi l'enterrement de ma mère. Notre voisine est venue me dire qu'elle avait reçu un appel de ma mère. Et cette situation de la vie réelle nous a amené à créer cette histoire. »

« Père », photo : Film Festival Servis Karlovy Vary« Père », photo : Film Festival Servis Karlovy Vary Si le film explore de nombreux thèmes et se montrent plein de situations comiques et absurdes, c’est bien la relation père-fils et la difficulté des liens que nous entretenons avec nos proches qui est le cœur du sujet, comme l’a rappelé la réalisatrice Kristina Grozeva :

« Je pense que ce type de relations entre les membres d’une famille qui sont les plus proches est l’un des aspects les plus importants de notre vie. C’est pourquoi nous avons décidé de nous concentrer sur ce sujet dans notre film. »

Ce drame intime aura ainsi convaincu le jury de Karlovy Vary, qui lui a octroyé sa plus prestigieuse récompense, et aura offert au duo de cinéastes son plus grand succès critique depuis la première mondiale de leur premier long métrage, « The Lesson », à San Sébastian, où ils avaient remporté le New Directors Award.

Après la distribution des récompenses, le festival, qui a attiré cette année plus de 12 500 visiteurs accrédités, a finalement clôturé sa 54e édition et annoncé les dates de la 55e, qui se tiendra du 3 au 11 juillet 2020.

08-07-2019