Trois soldats tchèques tués dans un attentat-suicide en Afghanistan

Trois soldats tchèques, membres de l’opération Resolute Support déployée par l’Otan en Afghanistan, ont été tués, dimanche matin, dans un attentat-suicide, lors d’une patrouille dans la ville de Charikar, dans l’est du pays. Ce drame porte à 13 le nombre de soldats tchèques morts depuis le début de la présence de l’armée tchèque dans ce pays en 2002. L’attaque a été revendiquée par les Talibans.

Les trois soldats tchèques, Martin Marcin, Kamil Beneš, Patrik Štěpánek ont été tués dans un attentat-suicide en Afghanistan, photo: L'Armée tchèqueLes trois soldats tchèques, Martin Marcin, Kamil Beneš, Patrik Štěpánek ont été tués dans un attentat-suicide en Afghanistan, photo: L'Armée tchèque Cet attentat, meurtrier pour l’armée tchèque, s’est déroulé quatre ans après la mort de cinq soldats dans la région, également victimes d’un kamikaze. Ce sont en tout cinq militaires, trois tchèques, un américain et deux soldats de l’armée afghane, qui se sont retrouvés piégés dans une ruelle de la ville de Charikar, lors d’une patrouille. Lors d’un point presse organisé dès dimanche après-midi, l’adjoint du chef d’Etat-major, Jiří Verner, s’est efforcé de préciser les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’attaque :

« L’opération s’est déroulée à environ 9 km au sud-est de la base aérienne militaire de Bagram, la plus grande base américaine en Afghanistan. C’était une patrouille tout à fait ordinaire. Malheureusement, en raison de la configuration spatiale, les soldats ont dû descendre de leur véhicule blindé et continuer à pied. C’est standard : dans les ruelles, les véhicules lourds ne peuvent pas toujours passer. L’attaque était inattendue. Nos soldats sont morts sur le coup. Les deux autres soldats afghans et le militaire américain présent sur place ont été grièvement blessés et ont été pris en charge. »

Les familles des soldats tchèques ont été les premières informées dimanche matin, et dès l’annonce officielle, les hommages se sont multipliés sur la scène politique tchèque. Le président tchèque Miloš Zeman a exprimé ses profonds regrets, ajoutant que la tragédie ne devait pas dissuader la communauté internationale de poursuivre sa lutte contre le terrorisme. Le Premier ministre Andrej Babiš a estimé, sur son compte Twitter, que les trois soldats étaient des héros nationaux, rappelant qu’ils avaient sacrifié leur vie pour leur pays. Et du côté de l’armée, on souligne le caractère généralement fatal de ce type d’attaque. Aleš Opata, chef d’Etat-major de l’armée tchèque :

La base aérienne militaire de Bagram, photo: Karel Čapek/ČTKLa base aérienne militaire de Bagram, photo: Karel Čapek/ČTK « Un kamikaze qui se retrouve face à une patrouille à pied représente un danger inimaginable. C’est extrêmement difficile de se défendre contre cela et de réagir à un tel événement. »

Selon les dernières informations disponibles, le taliban était âgé de 18 ans à peine, et pourrait avoir eu un complice.

Cette attaque intervient, alors qu’en juin dernier, les députés tchèques ont approuvé le renforcement des missions militaires tchèques à l’étranger. En 2019, la présence militaire tchèque devrait se voir largement renforcée en Afghanistan, mais également en Irak et au Mali. D’ici 2020, le nombre de soldats tchèques opérant à l’étranger devrait s’élever à 1 100 contre 800 aujourd’hui.

Suite à l’annonce de l’attentat-suicide, la direction du parti communiste de Bohême-Moravie a demandé, dans un communiqué, l’arrêt sans réserve, de la participation de la République tchèque dans des missions militaires à l’étranger. Or le parti communiste, dont le soutien a permis à l’actuel gouvernement de coalition entre le mouvement ANO et le parti social-démocrate d’obtenir la confiance des députés début juillet, est depuis longtemps opposé à tout renforcement des troupes tchèques dans ces missions internationales.

Jiří Verner, de l’Etat-major tchèque, veut croire que cet événement ne changera en rien la position de Prague :

Jiří Verner, photo: Kateřina Šulová/ČTKJiří Verner, photo: Kateřina Šulová/ČTK « En dépit de cet événement tragique, je suis persuadé, tout comme l’ensemble du commandement de l’armée tchèque, que ce que nous faisons est juste. Cet événement n’entamera pas nos efforts. Des efforts qui sont en outre confirmés par un nouveau mandat pour les années 2019 et 2020. A cet égard, je ne prévois aucune remise en cause de notre présence. »

Les dépouilles des trois soldats devraient être rapatriées par avion spécial mercredi en fin d’après-midi et solennellement accueillies, entre autres, par le président tchèque, également chef des armées.

Depuis 2002, la République tchèque a envoyé plus de 9 000 soldats dans le pays. 13 soldats tchèques sont décédés dans le cadre de ces missions militaires en Afghanistan.