Sur la colline de Letná, une exposition interactive sur les deux totalitarismes

Des installations audiovisuelles et des projections sont au cœur d’une nouvelle exposition à Prague. Celle-ci met les nouvelles technologies au service de l’illusion afin de plonger le visiteur de manière troublante dans les deux totalitarismes du XXe siècle, qui ont tant marqué l’histoire de la Tchécoslovaquie. Proposée par l’association Post Bellum, l’exposition a été installée dans un lieu symbolique : dans les salles situées sous l’ancien monument à Staline, sur la colline de Letná.

Photo: Kateřina AyzpurvitPhoto: Kateřina Ayzpurvit Comment transmettre la mémoire des deux totalitarismes, aux jeunes générations notamment, alors que les témoins directs se font de plus en plus rares avec le temps ? Comment ne pas perdre ce lien avec l’histoire douloureuse du XXe siècle afin d’éviter que celle-ci ne se répète ?

A l’heure où les tendances au repli identitaire se font plus fortes, c’est tout le mérite de l’association Post Bellum de vouloir conserver et faire connaître les destins des témoins de l’occupation de la Tchécoslovaquie puis des heures les plus sombres du communisme. Une association née il y a vingt ans, autour d’un petit cercle de journalistes de la Radio tchèque, d’historiens et de politologues, comme le rappelle Mikuláš Kroupa, directeur de Post Bellum et responsable du projet d’histoire orale Paměť národa (Mémoire de la nation).

Mikuláš Kroupa parle au vernissage de l'exposition Paměť národa, photo: Kateřina AyzpurvitMikuláš Kroupa parle au vernissage de l'exposition Paměť národa, photo: Kateřina Ayzpurvit « A l’époque, nous étions inquiets, nous étions sans doute la dernière génération à avoir la possibilité de parler avec les gens qui s’étaient battus pour la liberté et la démocratie pendant la Seconde Guerre mondiale ou avec les anciens prisonniers politiques de l’époque communiste. Nous estimions avoir le devoir, vis-à-vis des générations futures, d’enregistrer les témoignages de ces personnes. Cette idée nous a littéralement absorbés. Nous avons donc fondé l’association Post Bellum, ‘Après la guerre’ en latin et nous avons commencé à rencontrer tous ces gens. Nous avons réalisé environ 7 000 entretiens, en studio mais essentiellement chez eux, à la maison. »

Certains de ces témoignages, couvrant une période allant de 1939 à 1989, sont justement projetés dans le cadre de l’exposition.

Les soubresauts de l’histoire tchécoslovaque du XXe siècle, le visiteur peut aussi les ressentir de manière vivante grâce aux animations 3D, au mapping vidéo et autres effets lumineux et sonores, aux récits des témoins, qui doivent permettre de manière suggestive de le plonger dans l’atmosphère d’une époque. On peut ainsi se retrouver derrière le manche d’un Spitfire pendant la bataille d’Angleterre ou bien participer à un interrogatoire de la très redoutée police d’Etat, la StB, sous le communisme.

Photo: Roman Vondrouš/ČTKPhoto: Roman Vondrouš/ČTK L’emplacement même de cette exposition mémorielle est symbolique : elle a été en effet installée dans les espaces situés sous l’ancien monument dédié à Staline, construit sur la colline de Letná dans les années cinquante avant d’être dynamité au début des années 1960. Resté vide, le socle a été pourvu d’un métronome géant au début des années 1990, tandis qu’au même moment, une station pirate, « Radio Stalin » émettait depuis les locaux abandonnés.

La partie la plus visible de l’exposition se trouve à l’extérieur où une installation très particulière barre l’horizon de la colline. Mikuláš Kroupa :

Photo: Kateřina AyzpurvitPhoto: Kateřina Ayzpurvit « Nous avons décidé d’attirer l’attention des Pragois. Nous avons construit un mur à l’horizon, un mur qui symbolise les régimes totalitaires, la société divisée. Il symbolise aussi ce que signifie pour nous la liberté. Il pose la question de savoir où nous avons des murs aujourd’hui, avec quoi nous les construisons, et dans quelle mesure ces murs nous masquent la vue, notre liberté. »

L’exposition est à voir jusqu’au 9 décembre. Mais les organisateurs espèrent pouvoir la prolonger : destinée aussi et avant tout à la jeune génération, elle a pour but de leur faire connaître l’histoire du pays de façon vivante et interactive. Un objectif louable quand on sait que selon une étude, la moitié des étudiants tchèques âgés de 15 à 24 ans n’a aucune connaissance, même superficielle, de l’histoire contemporaine de leur pays.

Photo: Roman Vondrouš/ČTKPhoto: Roman Vondrouš/ČTK