Soňa Červená a reçu la médaille « Artis Bohemiae Amicis »

13-01-2011

C’est à la fin de la sixième reprise de la pièce de Karel Čapek « L’Affaire Makropoulos » au Théâtre des Etats à Prague que le ministre de la Culture Jiří Besser a remis à l’actrice et cantatrice Soňa Červená la médaille « Artis Bohemiae Amicis », décoration réservée aux personnalités ayant contribué de façon conséquente à la diffusion et au renom de la culture tchèque.

Soňa ČervenáSoňa Červená L’itinéraire de Soňa Červená est aussi étonnant que spectaculaire. Jeune fille, elle est irrésistiblement attirée par l’opéra, mais sa carrière débute pourtant dans un théâtre d’un genre différent. Elle joue d’abord au Théâtre libéré de Prague dans une comédie musicale. L’attrait de l’art lyrique est cependant trop fort et la jeune chanteuse prend d’abord un engagement à l’opéra de Brno puis à Berlin-Est. Lorsque tombe le rideau de fer, la jeune artiste déjà sollicitée par de grands théâtres lyriques n’a pas d’autre possibilité que de s’exiler et de couper les ponts. Elle est une des dernières personnes à réussir encore à passer le mur de Berlin :

« J’avais le cœur lourd en quittant tout cela. Mon père était encore en vie mais quand j’ai fait allusion à tout cela devant lui (je ne voulais pas lui causer des ennuis au cas où la police l’interrogerait), il m’a dit : ‘Moi, j’ai vécu ma vie, et toi, tu dois maintenant vivre la vie que tu as choisie.’ C’est ainsi qu’il a pris congé de moi. Alors j’ai passé le mur et je me suis retrouvée à Berlin-Ouest. Je n’avais que mon petit chien et mon sac à main. »

Soňa ČervenáSoňa Červená Cette décision douloureuse est cependant aussi le début d’une grande carrière internationale. Elle chantera dans les plus grands théâtres lyriques du monde, elle se produira à de nombreuses reprises aux festivals de Bayreuth, de Salzbourg et de Glyndebourn, elle est considérée comme une interprète inégalée de Carmen de Bizet. Sa carrière artistique et sa vie entière la placent dans une excellente position pour représenter la culture tchèque dans le monde. Et elle sait profiter de ces possibilités de façon magistrale. Elle jouera, entre autres, un rôle important dans la réception et la diffusion internationale de l’œuvre de Leoš Janáček, son compositeur préféré. Lorsqu’elle participe, par exemple, à la production de « Jenůfa » à l’Opéra de San Francisco où ce drame lyrique est chanté d’abord en anglais, elle ose demander au directeur de présenter la version tchèque de cette œuvre :

« Le directeur de l’opéra Kurt Herbert Adler, était d’abord assez réticent. Il disait : ‘Je ne sais pas. Les gens ne comprendront pas.’ Jiří Besser et Soňa ČervenáJiří Besser et Soňa Červená Mais je lui ai dit : ‘Janáček chante en tchèque. Les gens le comprendront. Je vous promet d’apprendre la prononciation tchèque à tous les membres de l’ensemble.’ Alors j’ai appris à tous les interprètes et au chœur à chanter correctement en tchèque et cette production a été le plus grand succès de la saison. (…) Et à partir de ce moment-là l’Opéra de San Francisco et aussi les théâtres lyriques américains en général ont commencé à présenter les opéras de Janáček en tchèque. »

Aujourd’hui, Soňa Červená, est de retour dans sa patrie. A 85 ans elle est loin de rester passive et de penser au repos. Le théâtre continue à la fasciner et à lui donner une nouvelle énergie. Elle peut se retourner avec fierté sur son passé et résumer d’une seule phrase les principes qui ont dominé toute sa vie :

Jiří Besser, Miroslav Donutil et Soňa ČervenáJiří Besser, Miroslav Donutil et Soňa Červená « Je pense qu’on doit toujours en tous lieux et en toute circonstance considérer comme le plus grand don et le plus grand devoir d’être moral. »

Si donc quelqu’un mérite vraiment la médaille « Artis Bohemiae Amicis », c’est sans aucun doute Soňa Červená, artiste qui nous a appris que le grand talent peut très bien aller de paire avec la force de caractère.

13-01-2011