Sanctions UE-Russie : la République tchèque veut remettre le « Kurzarbeit » au goût du jour

L’envoi de diplomates spécialisés dans les affaires agricoles dans certains pays et la mise en place d’un « Kurzarbeit » à l’échelle locale : telles sont les deux principales mesures qui pourraient être prises prochainement en République tchèque pour minimiser les pertes subies par les entreprises tchèques suite aux sanctions réciproques adoptées par l’Union européenne et la Russie en raison de l’attitude de celle-ci dans le conflit ukrainien. Lundi, un groupe de travail était réuni au siège du gouvernement pour se pencher sur la question des conséquences de cette crise commerciale entre Bruxelles et Moscou.

Le ministre de l’Agriculture Marian Jurečka, photo: ČT24Le ministre de l’Agriculture Marian Jurečka, photo: ČT24 La semaine dernière, c’est le ministre de l’Agriculture qui avait appelé toutes les administrations publiques du pays à acheter et manger tchèque pour faire face aux complications générées par l’embargo d’un an décidé par la Russie sur les denrées alimentaires occidentales. Cette fois encore, l’agriculture est restée au cœur des préoccupations, comme l’a confirmé Tomáš Prouza, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes et chef du groupe de travail mis récemment sur pied :

« A l’heure actuelle, nous envisageons d’envoyer cinq diplomates agricoles à Moscou, Kiev, Ryad, Pékin et Belgrade. Leur mission serait d’aider les agriculteurs et les producteurs spécialisés dans l’industrie agroalimentaire tchèques à pénétrer sur les marchés de ces pays en les aidant au niveau législatif et en leur trouvant des opportunités commerciales intéressantes. »

La décision d’envoyer des attachés spécialisés dans les affaires agricoles en Russie, en Ukraine, en Arabie Saoudite en Chine et en Serbie - cinq pays considérés comme prioritaires - ne remonte pas cependant à ce lundi et avait déjà été annoncée au début de l’été. Ces attachés disposeront du statut de diplomate et rempliront leurs fonctions dans les ambassades. Actuellement, plus de 90% des exportations agricoles de la République tchèque sont destinées aux pays membres de l’Union européenne. Si l’intérêt de diversifier les destinations dans des pays tiers est évident, celui du choix de la Russie et dans une moindre mesure de l’Ukraine l’est nettement moins dans le contexte politique actuel. Tomáš Prouza a d’ailleurs admis que les discussions allaient se poursuivre et que Moscou et Kiev pourraient être remplacés par d’autres destinations.

Tomáš Prouza, photo: ČTKTomáš Prouza, photo: ČTK A plus court terme, le gouvernement tchèque pourrait également se servir des mécanismes européens d’aide. Lundi, la Commission européenne a annoncé le déblocage de quelque 125 millions d'euros pour soutenir le secteur maraîcher de l’UE. A Prague, on estime à un peu plus de 10 millions d’euros le montant du manque à gagner conséquence des restrictions imposées par la Russie dans le secteur agroalimentaire, les producteurs de lait étant les plus touchés.

Mais l’agriculture n’est pas le seul domaine qui inquiète un gouvernement tchèque dont la diplomatie économique a fait de la Russie, au même titre que de l’Ukraine, un de ses douze pays prioritaires pour le développement des exportations entre 2012 et 2020. Tomáš Prouza précise à ce sujet :

« L’application des sanctions ne signifiera pas nécessairement une crise générale pour l’ensemble de notre économie. Mais il est évident que certaines sociétés en souffriront plus que d’autres. Et la première priorité du gouvernement est de protéger l’emploi et d’empêcher les licenciements. C’est pourquoi nous voulons aider les entreprises pour lesquelles le marché russe est très important. Par exemple, certaines entreprises sont spécialisées dans la fabrication d’un produit bien précis et sont étroitement liées à certaines entreprises russes. Pour elles, trouver d’autres débouchés peut être compliqué et n’est pas l’affaire d’un mois ou deux.

Le groupe de travail du gouvernment tchèque: Josef Středula, Tomáš Prouza, Jaroslav Hanák et Vladimír Dlouhý, photo: ČTKLe groupe de travail du gouvernment tchèque: Josef Středula, Tomáš Prouza, Jaroslav Hanák et Vladimír Dlouhý, photo: ČTKConcrètement, le groupe de travail a donc conseillé au gouvernement d’accélérer les travaux menés sur ce qui est appelé le « Kurzarbeit ». Pas nouveau, ce système existe déjà et a été présenté pour la première fois en septembre 2012. Les entreprises tchèques confrontées à des difficultés conjoncturelles peuvent formuler des demandes d’aide financière auprès du ministère du Travail et des Affaires sociales. L’argent attribué est ensuite destiné à la formation des employés et au versement de leurs salaires. Le projet a été surnommé « Kurzarbeit à la tchèque » en référence aux mesures de chômage partiel appliqués en Allemagne voisine à partir de 2009. Désignées sous le terme de « Kurzarbeit », ces mesures avaient permis de réduire le temps de travail des employés allemands afin d’éviter les suppressions d’emplois. Officiellement baptisé « Formez-vous pour la stabilité », le projet tchèque compte dans sa première phase, qui s’achèvera fin 2015, sur un budget de 400 millions de couronnes (14,5 millions d’euros) en provenance des fonds européens. Toutefois, les entreprises y ont rarement recours, les démarches étant trop compliquées selon elles.