Rudolf Kundera, un peintre tchèque épris de la Provence

Le Tchèque de Marseille - c'est ainsi que la romancière Edmonde Charles-Roux surnommait son ami Rudolf Kundera. Ce peintre tchèque, établi en France depuis les années 1940, vient de s'éteindre à l'âge de 93 ans. Sa vie s'étend pratiquement sur tout le XXe siècle, une vie consacrée à l'art, à l'amitié et à la Provence.

La vie était souvent dure avec ce Morave de Brno au teint clair, aux cheveux blonds et à la carrure athlétique. Il était de la famille qui allait donner au monde deux autres artistes connus, les écrivains Milan et Ludvik Kundera. Son père, teinturier de profession, est mort quand le garçon n'avait que six mois, et c'est sa mère qui lui a transmis ses penchants artistiques. C'est sous l'impulsion d'Alfons Mucha, grande figure de l'Art nouveau, que Rudolf part, en 1930, étudier la peinture à l'Académie des Arts à Prague. Le jeune peintre prometteur obtient une bourse à Rome, ou il crée toute une série de tableaux pour les églises romaines, ainsi que des paysages et des portraits. De retour à Brno, son atelier de la Place morave devient un lieu de rendez-vous de jeunes artistes de talent, dont le pianiste Rudolf Firkusny, le chef d'orchestre Rafael Kubelik et le compositeur Bohuslav Martinu. Il continue à rencontrer ses amis, qui se réfugient comme lui à Paris, au début de la Deuxième Guerre mondiale. Il se lie aussi d'amitié avec des Français, dont l'écrivain Claude Mauriac et le poète Paul Valéry. Après l'occupation de Paris, il s'installe dans le sud de la France, s'engage dans la Résistance et continue à peindre.

La guerre finie, il expose à Paris mais aussi à Prague et dans d'autres villes tchèques. Et c'est juste avant le coup de Prague en 1948, événement qui marque le début du régime totalitaire en Tchécoslovaquie, qu'il s'installe à Cassis, non loin de Marseille. Il aime beaucoup cette bourgade au bord de la mer et lui restera fidèle pour le reste de sa vie. C'est le soleil, la mer et les paysages du Midi qui lui donnent l'inspiration pour continuer son oeuvre picturale et la force de surmonter les coups que le sort lui assène, notamment la perte de ses deux fils issus du deuxième mariage, morts dans un accident de la route. Les couleurs de ses tableaux ne s'assombrissent pas à la suite de cette tragédie qui l'atteint pourtant profondément.

Paysages de Provence, scènes folkloriques de Moravie, tableaux inspirés par le cirque, ou encore portraits de nombreuses personnalités de son temps sont présentés à une cinquantaine d'expositions dans plusieurs pays européens et aux Etats-Unis avant d'être disséminés dans de nombreuses galeries et collections privées. Cependant, ce n'est que 47 ans après son départ de Tchécoslovaquie qu'il peut, enfin, exposer ses tableaux à Brno. En 1996, "le Tchèque de Marseille" a l'occasion tant attendue de montrer son travail aux habitants de la ville de son enfance.