Rudolf Firkušný, héritier de Janáček et de Martinů

Un siècle s’est écoulé depuis la naissance du pianiste tchèque Rudolf Firkušný. Ces derniers jours, un petit festival qui a réuni des disciples, des amis et des membres de la famille du pianiste a lieu à Brno dans la capitale morave. Au programme du festival, il y a des concerts, des cours d’interprétation et aussi une conférence musicologique.

C’est Leoš Janáček qui a découvert le talent du petit Rudolf. Le compositeur rencontre ce petit garçon d’une famille démunie en 1917 et le confie à l’excellente pédagogue du piano Růžena Kurzová. Le maestro lui-même donne au jeune élève des leçons de théorie de la musique. Déjà en 1923, donc à l’âge de 11 ans, l’enfant prodige rencontre un grand succès en jouant avec l’Orchestre philharmonique de Prague et entre 1926 et 1928 il est applaudi à Vienne, à Berlin et à Paris. Grâce à une bourse du président Masaryk, le jeune pianiste peut étudier à Paris avec le mage du clavier Alfred Cortot. C’est le départ d’une fulgurante carrière internationale. Dès 1941 il se produit aux Etats-Unis et il joue avec tous les grands orchestres américains. Il collabore notamment avec les orchestres philharmoniques de New York et de Cleveland et, à partir de 1965 jusqu’à sa mort en 1994, il est aussi professeur de la célèbre Julliard School. Il fait également de nombreuses tournées en Europe. Après la chute du communisme, il revient très souvent dans sa patrie et renoue les liens rompus par la guerre et quarante ans de régime communiste.

Richard Pohl, photo: Archives de Richard PohlRichard Pohl, photo: Archives de Richard Pohl C’est le pianiste Richard Pohl qui est l’organisateur du petit festival qui se propose d’évoquer les divers aspects de la personnalité de ce musicien exquis qu’était Rudolf Firkušný :

« Pour moi qui suis pianiste tchèque, Rudolf Firkušný est une espèce de dieu. Il a réussi à faire ce dont la majorité d’entre nous ne peut que rêver. Il n’était qu’un garçon de Napajedla, un petit village de Moravie, qui a su s’imposer dans le monde et qui, pendant la grande partie de sa vie, jouissait d’une renommé exceptionnelle. Moi qui fais des recherches sur sa vie et son oeuvre j’ai l’occasion de rencontrer au cours de mes voyages en Amérique de nombreux musiciens importants et d’autres personnalités qui évoquent Rudolf Firkušný avec le plus grand respect. »

Et Richard Pohl de rappeler que la personnalité de Rudolf Firkušný réunissait un talent pianistique hors du commun et une grande intégrité morale. Au programme du petit festival, figure également une conférence. Richard Pohl précise :

Rudolf FirkušnýRudolf Firkušný « La conception de la conférence est d’apporter des regards différents et variés sur l’oeuvre de Rudolf Firkušný. Il s’agit donc de l’aspect musicologique mais l’œuvre est examinée aussi du point de vue d’interprétation. Il est intéressant de constater que parmi les participants à la conférence, il y a des musicologues comme Jiří Šafařík, auteur de l’unique monographie de Firkušný, mais aussi des interprètes dont les élèves de Firkušný comme par exemple Carlo Grante, Sara Davis Buechner. »

A l’occasion du festival le texte d’une conférence rédigé par Rudolf Firkušný et découvert tout récemment par la fille du pianiste a également été présenté. Grâce au disque, l’art de Rudolf Firkušný n’est pas perdu. Ces disques démontrent qu’il a été un excellent interprète de Beethoven, de Brahms, de Chopin et de Martinů, son ami. Son enregistrement de l’intégrale des oeuvres pour piano de Leoš Janáček reste une référence incontestable.