Renvoi de la ministre de la Défense : une odeur de sapin au gouvernement

Huit jours se sont déroulés entre la prise de fonction et le limogeage de la ministre de la Défense Karolína Peake. Celle-ci se serait rendue coupable aux yeux du chef du gouvernement Petr Nečas d’avoir bouleversé l’organisation du ministère en renvoyant de proches collaborateurs. Seulement, ce renvoi de la ministre, qui a surpris tout le microcosme politique, semble devoir sonner le glas du gouvernement. Karolína Peake est en effet la leader du plus petit parti de la coalition gouvernementale, le parti LIDEM et les ministres de cette formation devraient démissionner de leur poste le 10 janvier prochain et ses députés rejoindre l’opposition.

Karolína Peake, photo: ČTKKarolína Peake, photo: ČTK « Ma confiance n’est pas descendue à zéro, elle a atteint une valeur négative. » Le Premier ministre Petr Nečas a eu des mots assez durs, ce jeudi, en conférence de presse, pour justifier le limogeage de la ministre de la Défense et présidente du parti LIDEM, plus petite formation de la coalition gouvernementale, Karolína Peake. Nommée il y a peine une semaine suite à la démission d’Alexandr Vondra (ODS), elle n’a pas perdu de temps pour imposer un changement de personnel drastique au sein du ministère, à commencer par la révocation de son vice-ministre Vlastimil Picek et le responsable de l’armement, en charge actuellement de négocier la location des chasseurs suédois Gripen, le général Pavel Bulant. Des bouleversements qui ont fortement déplu au chef du gouvernement. On l’écoute :

Pavel Bulant, photo: ČT 24Pavel Bulant, photo: ČT 24 « Je dois dire également que je suis profondément déçu de l’attitude de Madame l’ancienne ministre qui a dès le début considéré son entourage comme si elle se trouvait en territoire ennemi occupé, comme s’il s’agissait d’un endroit où elle devait immédiatement exercer son pouvoir simplement parce qu’elle dispose de ce pouvoir. Il s’agissait pourtant d’un ministère stable et opérationnel. »

Petr Nečas déclare avoir plusieurs fois appelé la jeune ministre pour qu’elle revienne sur ses décisions et qu’elle rappelle en poste ses collaborateurs déchus. Mais Karolína Peake estime qu’elle avait tout simplement besoin d’un personnel compétent auprès d’elle :

Vlastimil Picek, photo: Archive de l'armée de la République tchèqueVlastimil Picek, photo: Archive de l'armée de la République tchèque « Le général Bulant rencontre en ce moment des difficultés avec l’Autorité de la concurrence en ce qui concerne l’achat de nouveaux uniformes. Cette autorité a constaté des irrégularités et désigne le chef du service de l’armement comme le principal responsable. Et je souhaitais disposer de conseillers, dans le cas présent d’un vice-ministre, capables de m’accompagner lors de négociations politiques et diplomatiques, et qui sachent donc maîtriser plusieurs langues, ce qui n’est pas le cas du vice-ministre Picek. »

Le chef du gouvernement a donc demandé la démission de sa ministre, chose que celle-ci lui a refusé. C’est donc le président de la République Václav Klaus qui a pris la responsabilité de la limoger. Il faut dire qu’il n’a pas non plus mâché ses mots à l’encontre de Karolína Peake, 37 ans, la qualifiant de « jouvencelle » et mettant en doute ses compétences au poste de ministre de la Défense.

Kamil Jankovský, photo: Tomáš Adamec, ČRoKamil Jankovský, photo: Tomáš Adamec, ČRo Elle devient donc la treizième ministres à quitter le gouvernement prématurément, un gouvernement qui a du plomb dans l’aile car Karolína Peake, qui s’est vu proposer de redevenir la chef adjointe du gouvernement, a annoncé que les ministres issus de son parti LIDEM, à savoir elle-même, le ministre du Développement régional Kamil Jankovský et le ministre sans portefeuille Petr Mlsna, donneraient leur démission et quitteraient leurs fonctions le 10 janvier prochain, une fois la période de fête passée. L’ancienne ministre a également déclaré que les huit députés que compte sa formation adopteraient désormais une attitude d’« opposition constructive ». Une expression qu’explicite la vice-présidente du parti Dagmar Navrátilová :

Dagmar Navrátilová, photo: Filip Jandourek, ČRoDagmar Navrátilová, photo: Filip Jandourek, ČRo « Cela signifie dans les faits que nous soutiendrons ce qui correspond à notre programme et à l’inverse nous ne soutiendrons pas ce qui lui est contraire. »

Sans les voix du parti de Karolína Peake, le gouvernement ne dispose plus d’une majorité à la Chambre des députés. Il pourrait choisir de s’allier à nouveau avec le parti Affaires publiques (VV), dont est pourtant issu LIDEM où considérer qu’il n’a pas besoin d’une majorité parlementaire pour que ses textes soient adoptés. Le Parti social-démocrate (ČSSD) envisage lui de demander le vote d’une mention de censure pour renverser ce gouvernement impopulaire pour sa politique d’austérité et dont la crise permanente semble être la norme. Le social-démocrate Lubomír Zaorálek considère en effet qu’« on ne change pas de ministre comme de chemise ».