Rencontres franco-tchèques autour du street art

27-10-2009

Depuis le 15 octobre et jusqu’au 14 novembre, l’Institut français de Prague propose une exposition intitulée « Street art Stepanska ». Dans les locaux de la galerie de l’institut, des artistes tchèques et français ont été réunis pour s’exprimer ensemble et investir les murs d’un espace, qui, à priori, n’est pas leur espace de prédilection. Mais l’exposition offre l’occasion de découvrir de véritables artistes, au discours souvent engagé.

Pendant cinq jours, quatre artistes tchèques et trois français ont eu carte blanche pour habiller la galerie de l’Institut français ; de cette liberté sont ressortis plusieurs tableaux ou fresques où chacun a pu montrer sa griffe, ainsi que tout un pan de mur peint ensemble, à sept. C215 est un jeune artiste français, un des plus reconnus dans le domaine du street art. Il raconte comment s’est déroulée cette expérience franco-tchèque et explique ce que signifie pour lui le street art :

 « C’est une exposition qui a une curatelle franco-tchèque, et je me suis donc retrouvé sélectionné pour participer au projet, pour représenter un peu la vague émergente du street art français, notamment pour ma spécialité qui est le pochoir. »

Connaissiez-vous les peintres tchèques qui sont exposés avec vous dans cette galerie ?

 « Pas personnellement, mais j’avais déjà vu le travail de Pasta Oner. On s’est rencontré ici et ça a été une rencontre fructueuse, de bonne entente. Il y a eu pas mal de compromis qui ont été faits de part et d’autre pour trouver une expression commune, et on a réussi à s’exprimer, les uns et les autres, sur la société de consommation. Pour certains évidemment, côté français, c’était une base dans le discours. J’ai l’habitude au pochoir de m’exprimer énormément sur le thème des sans-abris et des exclus du capitalisme. Speedy Graphito s’exprime volontiers sur le ‘branding’, le marketing outrancier, la publicité omniprésente. YZYZ YZ s’exprime sur l’indifférence et la problématique du peuple noir ici et là et sur la situation de l’Afrique. Côté français, tout ça tenait bon. Côté tchèque, il y avait des choses qui étaient plus abstraites mais qui ont été placées de telle sorte que ça fonctionne parfaitement. Et Pasta Oner est venu nous faire un beau clin d’œil sur les ‘french fries’. »

Est-ce que les thématiques sur la société de consommation, sur la façon dont le monde tourne, ou tourne mal, sont des caractéristiques du street art ?

 « Dans le street art, il n’y a pas de caractéristiques. C’est un mouvement qui, à l’instar de l’art contemporain, n’obéit à aucune règle. En principe, il n’y a pas de règles ou de sujets de prédilection du street art. Mais dans la réalité, il y a des sujets qui reviennent régulièrement et qui sont des préoccupations du temps présent, comme l’écologie, la menace qui pèse sur l’écosystème animalier, la surconsommation, la civilisation de l’automobile – on voit où elle nous mène – le règne du fric et du capitalisme, le ‘branding’ outrancier qui envahit de plus en plus l’espace. Je ne sais pas si ce sont des préoccupations du street art mais ce devraient être des préoccupations de notre époque. »

Qui sont d’autant plus flagrantes dans un milieu urbain…

 « Oui, car comme on se sert de la ville pour exprimer des idées sur la ville, il est clair que les sujets sont souvent en incidence même avec la ville pour qu’il y ait une interaction réelle et que le spectateur, dans cette interaction, soit au cœur d’une œuvre en trois dimensions. C’est tout l’intérêt de peindre dans la ville et non pas sur une toile blanche. Parce que la toile blanche est plutôt impérieuse. Elle nous dit ‘ici tu dois peindre quelque chose de beau’, et finalement, ce n’est pas si blanc que ça. »

Si le principe du street art est d’être dans la ville, nous sommes ici dans une galerie…

 « Ici, ce n’est pas une exposition de street art. C’est une exposition de galerie qui a été réalisée par des artistes qui ont l’habitude de travailler dans la rue. Et elle est là, la précision. Ici, ce n’est pas du street art, c’est de l’art. Pour qu’il y ait street art, il faut qu’il y ait de l’art – ce n’est pas toujours le cas – et que ce soit dans la rue. Il y a des artistes qui, à certains moments, vont plus faire de la publicité plutôt que de l’art, même si c’est dans la rue. Il y en a d’autres qui vont plus ou moins fournir un travail de mauvaise qualité, donc on ne peut pas parler d’art. Il faut beaucoup de circonstances réunies pour que l’on puisse parler de street art. »

L’exposition se tient jusqu’au 15 novembre prochain. C215 a par ailleurs avoué avoir laissé quelques empruntes dans les rues autour de l’Institut français.

27-10-2009