Rapport d’Amnesty International : en finir avec l’exclusion d’enfants roms des établissements classiques

14-01-2010

La ségrégation des enfants roms dans leur accès à l’enseignement continue en République tchèque : c’est ce que constate Amnesty International dans son rapport paru le 13 janvier. A la veille des inscriptions des enfants dans les écoles qui commencent au milieu de janvier, Amnesty International réclame le gel de l’admission d’enfants roms dans les écoles spéciales dispensant une instruction de qualité inférieure.

Le rapport d’Amnesty International réagit au verdict prononcé en 2007 par la Cour européenne pour les droits de l’homme à Strasbourg. La cour a alors estimé que la République tchèque avait fait acte de discrimination contre des enfants roms en les plaçant dans des écoles spéciales destinées aux élèves présentant des handicaps mentaux légers où ils recevaient une éducation restreinte. Pour voir la situation deux ans après, des recherches ont été menées par des délégués d’Amnesty International dans plusieurs écoles de la région d’Ostrava, la même où 18 mineurs roms avaient déposé la plainte. Les délégués ont découvert que « les discriminations dont sont systématiquement victimes les enfants roms dans le domaine de l’éducation continuent ». Fotis Filippou, chercheur pour l’Europe centrale et l’un des auteurs du rapport déclare encore :

Fotis Filippou, photo: Jana ŠustováFotis Filippou, photo: Jana Šustová « Des milliers d’enfants roms continuent à être placés dans les écoles spéciales destinées aux enfants présentant un handicap mental léger. Si on n’en finit pas avec la pratique de ségrégation de ces enfants et leur exclusion des établissements classiques, on limitera considérablement leur potentiel, leurs perspectives d’avenir et leur possibilité de participer pleinement à la vie du pays. »

Les recherches menées par Amnesty International à Ostrava ont révélé que les enfants roms représentent toujours plus de 80% des élèves des écoles spéciales, appelées dorénavant écoles élémentaires pratiques.

Edita StejskalováEdita Stejskalová Le ministère tchèque de l’Education est d’accord avec les conclusions du rapport d’Amnesty International. Selon une étude qu’il a commandée, jusqu’à 10 000 enfants pourraient fréquenter injustement ces établissements spéciaux. Edita Stejskalová, diplômée de politologie et auteur du projet Ensemble à l’école, a failli être parmi eux. Menaçant de porter plainte, ses parents ont refusé les tests qui auraient dû la placer dans une classe spéciale :

« J’aimais la langue tchèque, c’était l’une de mes disciplines préférées. (rires) Pourtant, l’argument typique avancé pour dire que les enfants roms ne peuvent pas intégrer des classes ordinaires est qu’ils ne savent pas parler le tchèque. La question qui se pose est de savoir s’ils ne parlent réellement pas le tchèque ou s’ils ne veulent pas parler avec les autres. »

Un plan national d’insertion comprenant des mesures en vue d’offrir des chances égales aux enfants défavorisés vient d’être adopté par le ministère de l’Education. Klára Laurenčíková, vice-ministre chargée des programmes sociaux :

« Ce plan est une sorte de stratégie pour voir comment procéder dans la période à venir. En plus de cela, une série de mesures immédiates ont été adoptées comme une méthodologie nouvelle pour les personnels des centres pédagogiques des écoles maternelles et élémentaires. Le document attire l’attention sur les risques d’évaluation, il interdit de placer dans les écoles spéciales les enfants sans handicap et appelle à prendre en compte le milieu culturel, social et linguistique des enfants. »

Photo: Jana ŠustováPhoto: Jana Šustová Amnesty International veut aller plus loin encore : elle appelle les autorités tchèques à imposer dans la législation la déségrégation de l’éducation qui est selon elle le facteur principal qui permet de rompre le cercle vicieux de la marginalisation et de la pauvreté qui fait le quotidien d’une grande partie de la population rom.

14-01-2010