« Ptákovina », une pièce de théâtre redécouverte de Milan Kundera

C’est à ce vendredi qu’a été fixée la première officielle de la pièce « Ptákovina » de Milan Kundera au théâtre Činoherní klub de Prague, œuvre longtemps désavouée par son auteur, mais qui mérite, selon les théâtrologues, une totale réhabilitation. Les qualités de cette comédie quasi absurde ont été finalement reconnues par l’auteur lui-même dont on connaît l’extrême sévérité à l’égard des œuvres de la première étape de sa carrière.

Qu’est-ce que « Ptákovina »? Ce mot argotique relativement fréquent dans le langage parlé pourrait être traduit comme « connerie, idiotie, bêtise ». Il a permis à Milan Kundera d’exprimer le caractère dérisoire d’un petit fait divers qui déclanche pourtant une réaction lourde de conséquences. Dans une école quelqu’un dessine sur le tableau noir un losange, symbole du sexe féminin, du moins pour les Tchèques. (La méconnaissance de ce symbole par les Français par exemple, est d’ailleurs la raison pour laquelle Kundera a déclaré ne pouvoir l’adapter dans la langue de Molière.) Cette provocation doit être punie et on ouvre donc une enquête pour trouver le coupable, enquête qui révèlera de nombreux traits inavouables des caractères des personnages de la pièce. Pendant longtemps Milan Kundera refusait de donner à cette pièce écrite en 1966 le statut d’une œuvre achevée et la considérait comme une esquisse datée. S’il a finalement levé son interdit, ce n’était qu’à condition que la pièce soit montée au théâtre Činoherní klub par le metteur en scène Ladislav Smoček. Pour ce dernier c’était aussi une réhabilitation d’une œuvre qu’il ne connaissait que vaguement et qu’il sous-estimait :

« Je savais seulement que Milan avait écrit une pièce intitulée ‘Ptákovina’ et je crois avoir même eu la possibilité de la lire d’une façon assez superficielle parce qu’elle a paru dans la revue Divadlo (Théâtre). Et c’est tout ce que je savais de cette pièce. Je ne me doutais pas qu’il y avait des négociations sur une nouvelle production. Et quand on s’est adressé à moi et on m’a dit qu’il y avait une telle possibilité, j’ai relu la pièce et j’ai été consterné tant la pièce me semblait actuelle, tant elle arrivait à saisir ce qui il y a le plus essentiel dans les rapports entre les gens. »

La pièce considérée d’abord comme une satire de la stupidité du régime communiste s’est donc finalement révélée comme une comédie de mœurs à la portée intemporelle. Ladislav Smoček ne cache pas son admiration pour l’art dramatique de Milan Kundera :

« Il est évidemment aussi un grand maître de la composition dramatique. En même temps chez lui tout est tellement naturel comme si c’était le reflet du théâtre antique. J’ai à l’esprit l’intrigue de la pièce : un homme tend un piège et c’est finalement lui-même qui y tombe. Les rapports des personnages sont tout a fait contemporains parce qu’il s’agit de phénomènes comportementaux, d’attitudes et de sensations humaines qui ne vieilliront jamais. L’amour non plus n’est pas différent de ce qu’il était il y a des années, de même que la haine et la jalousie. »

Jusqu’à présent la seule pièce de théâtre de Milan Kundera qui a trouvé grâce aux yeux de son auteur est « Jacques et son maître » inspiré de « Jacques le Fataliste » de Diderot. A partir de ce vendredi une pièce quasi oubliée démontrera au public tchèque que Milan Kundera est non seulement un grand romancier mais aussi un excellent dramaturge.