Problème récurrent de la pervitine en République tchèque

Les nouvelles données issues de l’étude scientifique de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) révèlent que la République tchèque est le pays européen où on consomme le plus de pervitine. Au cours des dernières années, cette méthamphétamine, plus connue sous le nom de pervitine en République tchèque, s’est répandue dans d’autres pays européens, et ce principalement en Allemagne, dans les pays baltes, ainsi que dans les pays nordiques.

Pervitine, photo: ČT24Pervitine, photo: ČT24 Une nouvelle étude scientifique internationale, publiée ce mardi et comparant les analyses des eaux usées de plus de 42 villes européennes, a révélé que le taux le plus élevé de pervitine a été constaté à Prague, puis à České Budějovice. En 2013, on a enregistré une hausse de 7% des utilisateurs, soit plus de 2 700 personnes. Actuellement, on recense environ 31 000 usagers de cette drogue dans le pays. Mais si près de six tonnes de pervitine y sont fabriquées annuellement, seules quelques dizaines de kilogrammes sont débusquées par les policiers. L’inefficacité de l’action des policiers pourrait en partie expliquer cette tendance à la hausse de la consommation de la pervitine. Néanmoins, le coordinateur national et directeur du département gouvernemental antidrogue, Jindřich Vobořil, nuance :

Jindřich Vobořil, photo: Alžběta Švarcová, ČRoJindřich Vobořil, photo: Alžběta Švarcová, ČRo « La police fait ce qu’elle peut mais ceci n’est pas un problème qui pourrait être résolu uniquement par la police. Ceci doit être considéré comme une épidémie. Il est nécessaire d’apporter plus de ressources financières dans le cadre d’une prévention et de l’accès aux traitements. Mais le marché des drogues en République tchèque est si fragmenté ; la pervitine peut être fabriquée dans n’importe quel village, dans n’importe quel appartement, où la production de petites quantités touche de petits groupes de gens. Il n’est donc pas possible de s’attendre à des prises de plusieurs dizaines de kilogrammes, comme cela est le cas pour l’héroïne ou la cocaïne. »

Pervitine, photo: Free DomainPervitine, photo: Free Domain Les villes de Bratislava, Dresde et Oslo sont les autres villes où un taux élevé de pervitine a été enregistré dans les eaux usées. La Commission européenne n’a toutefois pas le pouvoir d’effectuer des décisions dans ce domaine, mais plutôt d’avertir d’une situation pouvant engendrer des difficultés. Néanmoins, on constate des changements dans les tendances liées à l’utilisation des drogues en Europe. Jindřich Vobořil explique :

« Les tendances en matière de consommation changent de manière considérable, de même que change l’environnement dans lequel les drogues sont utilisées. Par le passé, leur utilisation se faisait plus à ciel ouvert et dans la journée. De nos jours, les drogues sont essentiellement utilisées dans la vie nocturne. On constate également une hausse de la consommation des drogues synthétiques, des stimulants. Par contre, le nombre d’utilisateurs d’héroïne et d’autres opiacés est en baisse. »

Photo: US Federal Government, Wikimedia Commons Free DomainPhoto: US Federal Government, Wikimedia Commons Free Domain Après plusieurs décennies pendant lesquelles la consommation de cette méthamphétamine était un phénomène exclusivement tchèque, on a constaté qu’elle se propageait depuis quelques années en dehors des frontières, et ce essentiellement à l’est de l’Allemagne, dans les pays nordiques et même en Grèce ou en Turquie. Si la vente de l’éphédrine, médicament à partir duquel on fabrique la pervitine, est contrôlée en République tchèque, la vente de ce médicament reste légale chez son voisin, la Pologne, engendrant ainsi des ressources importantes pour le brassage illégal en République tchèque. A la question de savoir, si des organes compétents agissent pour une restriction ou pour un arrêt total de cette vente légale de médicaments, le spécialiste de l’épidémiologie des drogues, Tomáš Zábranský, qui a également participé à l’élaboration du rapport EMCDDA, a fait savoir :

Tomáš Zábranský, photo: Clinique du adictologieTomáš Zábranský, photo: Clinique du adictologie « Des négociations dans le domaine surgissent de temps à autres. Elles sont principalement initiées par notre Centrale de lutte anti-drogue, mais il semblerait que jusqu’à présent elles ne soient pas très fructueuses. Il parait clairement plus important pour la Pologne d’avoir sur le marché des médicaments à bas prix, qui fournissent un soulagement rapide des rhumes. »

Malgré une politique plus libérale appliquée à l’égard du cannabis ces dernières années en République tchèque, le rapport indique un léger recul de l’usage du cannabis, mais une augmentation de l’abus de stimulants et de nouvelles drogues au niveau européen. Or la composition de ces nouvelles drogues, de ces produits chimiques qui apparaissent par centaines sous forme de comprimés, peut être rapidement modifiée, et ce principalement en Asie, et ce en fonction de la manière dont les pays de l’Union européenne se défendent. Pour l’année 2013, l’existence de 81 nouveaux produits chimiques a été signalée.