Pressions de Berlin pour que Prague entre dans la zone euro: "un secret de Polichinelle"

13-12-2010

Le quotidien tchèque Lidové noviny rapportait ce week-end que la chancelière allemande Angela Merkel avait dit aux Premiers ministres tchèque et polonais qu'elle souhaitait accueillir les deux pays dans la zone euro. Une information nuancée par Berlin : la chancelière allemande, d'après son porte-parole, accueillerait favorablement l'entrée de nouveaux pays dans la zone euro mais ne force personne à le faire.

Petr Nečas et Angela MerkelPetr Nečas et Angela Merkel Kamil Janáček est l’un des sept membres du conseil de la banque centrale tchèque, l’ancien chef économiste de la Komerční banka:

« Ce n’est pas seulement une indiscrétion diplomatique. On appelle ça en français un secret de Polichinelle : c’était bien connu après le voyage de Monsieur Nečas à Berlin que la chancelière avait demandé l’entrée de la Tchéquie dans la zone euro le plus vite possible. Parce que nous sommes un pays avec une situation fiscale et économique plus solide que quelques pays membres comme la Grèce, le Portugal ou d’autres. Donc pour faire contrepoids en quelque sorte au sein de l’eurozone. »

Le gouvernement tchèque ne fixera pas de date d’entrée dans la zone euro, c’est ce qu’a indiqué récemment le Premier ministre Petr Nečas. Pourtant dans le passé les chefs d’entreprises tchèques s’étaient plaint de voir leurs exportations compliquées par le fait de ne pas être dans la zone euro.

Kamil Janáček, photo: CNBKamil Janáček, photo: CNB Kamil Janáček : « C’était le cas avant la récession, avant la crise économique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il y a une quinzaine de jours nous avons eu à la banque centrale une rencontre avec des patrons tchèques. Il n’y a eu aucune question concernant une future adoption de l’euro. On a discuté de la situation actuelle, du développement de l’économie tchèque, de la couronne, mais pas de l’adoption de l’euro. On m’a dit que c’était la première fois depuis dix ans ! En privé, les entrepreneurs avouent qu’avoir une monnaie indépendante a été plus favorable pendant la récession que d’avoir l’euro. Pour eux c’est clair, en tout cas pour le moment : les coûts d’adaptation ont été moindres, par exemple comparés aux autres nouveaux membres de l’UE qui ont adopté l’euro comme la Slovénie et la Slovaquie. Naturellement, les entrepreneurs tchèques ne seraient pas heureux si la couronne tchèque s’appréciait trop rapidement. Mais selon nos prévisions, pour les prochains six trimestres l’appréciation sera comprise entre 1 et 3%. »

Et selon Kamil Janáček, la République tchèque finira sans doute par entrer dans la zone euro, mais pas avant sept ou huit ans :

« Je crois que maintenant on peut déjà exclure l’adoption se fasse avant l’année 2016, parce que le gouvernement tchèque a officiellement déclaré qu’il n’allait pas demandé l’entrée dans l’eurozone avant 2014. Etant données les échéances techniques, nous ne pourrons pas adopter l’euro avant l’année 2017 ou 2018. »

13-12-2010