Premier procès tchèque de l’accouchement à domicile

13-01-2011

Pratiqués, de manière semi-officielle, chez plusieurs centaines de femmes enceintes par an, mais non reconnus par les médecins : les accouchements à domicile font l’objet d’une longue et vive polémique en République tchèque. Son nouveau chapitre a commencé ce mercredi, avec l’ouverture du procès de la première sage-femme tchèque poursuivie en justice pour un accouchement qui a tourné à la tragédie.

Il ne s’agit pas d’une débutante, mais de la présidente de l’Union des sages-femmes, Ivana Königsmarková, 57 ans, qui pratique près de 70 accouchements à domicile par an. Le 23 juillet 2009, elle a assisté à la naissance, dans un appartement pragois, d’un petit garçon qui présentait des problèmes respiratoires. Ivana Königsmarková affirme avoir essayé de le réanimer jusqu’à l’arrivée du Samu, mais les médecins trouveront, par la suite, ce premier secours insuffisant. Le bébé est transporté d’urgence à la maternité, mais les conséquences de l’arrêt de la respiration qu’il a subi sont dramatiques : âgé aujourd’hui de 18 mois, il est physiquement et mentalement handicapé. Accusée de coups et blessures graves, la sage-femme risque une peine allant de 6 mois à 4 ans de prison.

Ivana Königsmarková, photo: CTKIvana Königsmarková, photo: CTK Les médecins tchèques sont unanimes : ils condamnent l’accouchement à domicile comme une pratique trop risquée. Difficile de juger, car si cette formule est choisie par 1 à 3% des femmes dans les pays occidentaux, en République tchèque, les statistiques sur les accouchements hors maternité font défaut. De plus, la République tchèque affiche un des taux les plus bas au monde en termes de mortalité néonatale. Le président de l’Association tchèque des gynécologues et obstétriciens, Vladimír Dvořák, n’a pas hésité à traiter les femmes qui accouchent à la maison de « fanatiques », d’un groupe « minoritaire », assisté par une poignée de sages-femmes « incompétentes, renvoyées des hôpitaux ». Invité récemment sur le plateau de la télévision tchèque, le médecin Petr Velebil de la maternité pragoise de Podolí, une des plus réputées dans le pays, a adopté, lui, un ton plus conciliant :

« L’accouchement dans le milieu familial a, sans doute, certains aspects bénéfiques et agréables, surtout pour l’état psychique de la maman et de son entourage. Mais il a également des aspects problématiques. Il y a toujours un risque que l’accouchement tourne mal, mais à l’hôpital, ce risque est beaucoup moins important qu’à domicile. Il y a un tas de complications possibles, par exemple le décollement placentaire. Dans ce cas-là, le bébé est menacé par un manque d’oxygène. Si on ne procède pas à l’opération dans les dix minutes, il est fort probable que le nouveau-né ne survive pas. Ce n’est donc pas une question de compétence, d’expérience – même si la maman avait, à ses côtés deux ou trois médecins, ils ne sauraient pas résoudre cette situation à domicile. »

Les sages-femmes indépendantes, ainsi que leurs clientes, se plaignent d’un manque de structures intermédiaires appelées « maisons de naissance », ainsi que de l’attitude de l’Etat qui refuse, fréquemment, de leur délivrer l’autorisation d’exercer leur métier. Faut-il, dans le contexte du procès d’Ivana Königsmarková, rendre plus sévères les règles de l’accouchement à domicile ? La réponse de la sage-femme Marie Vnoučková :

« Les règles ne sont pas définies du tout. On devrait partir du fait qu’il existe, chez nous, des femmes qui souhaitent accoucher à domicile. Il serait bien si on arrivait à entamer un dialogue constructif entre les institutions concernées, par exemple avec le ministère de la Santé. Je pense que tout le monde serait soulagé : les sages-femmes, les médecins, ainsi que les femmes qui optent pour cette possibilité. »

Le procès d’Ivana Königsmarková, accusée d’un accouchement à domicile raté, se poursuit. Affaire à suivre…

13-01-2011