Prague satisfait du projet d’accord sur le Brexit

Les Vingt-Sept ont approuvé dimanche à Bruxelles le projet d’accord avec le Royaume-Uni sur son retrait de l’Union européenne, qui doit être effectif fin mars prochain. Du côté des dirigeants tchèques, on se satisfait d’un texte censé garantir les droits des ressortissants tchèques outre-Manche, mais qui est loin encore d’être ratifié.

Theresa May, Jean-Claude Juncker, photo: ČTK/AP/Virginia MayoTheresa May, Jean-Claude Juncker, photo: ČTK/AP/Virginia Mayo « Un bon accord. Un accord triste. Ce qui est triste, ce n’est pas le traité en lui-même, mais c’est le Brexit qui est un moment triste pour l’Union européenne et, je dois le dire, également pour la Grande-Bretagne. »

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, résumait ainsi l’ambiance qui prévalait dimanche entre les chefs d’Etats et de gouvernements européens, réunis dans la capitale belge pour entériner le traité du Brexit. « Une triste journée », a constaté aussi d’ailleurs pour sa part Andrej Babiš, le Premier ministre tchèque. Le leader du mouvement ANO voit cependant plutôt d’un bon œil le contenu du texte négocié côté européen par Michel Barnier. Surtout parce qu’il présenterait des garantis pour les quelque 25 à 37 000 citoyens tchèques qui vivent au Royaume-Uni :

« C’est un accord juridiquement contraignant qui protège les droits des citoyens. Pour notre peuple, il est très important que, au moins jusqu’en 2020 et probablement plus longtemps, tous ceux qui se rendront au Royaume-Uni disposeront des mêmes avantages que ceux qui y travaillent ou y vivent depuis longtemps. »

Les discussions ont été relativement brèves à Bruxelles, puisque deux heures et demie ont suffi pour valider le projet d’accord, malgré des craintes en particulier liées à la position de l’Espagne sur la question de Gibraltar.

Depuis Prague, le ministre tchèque des Affaires étrangères a rappelé que la Tchéquie aurait idéalement souhaité que le Royaume-Uni poursuive l’aventure au sein de l’UE. Puisque cela n’est pas possible étant donné les résultats du référendum britannique de juin 2016, alors le document négocié par les deux parties est selon lui le meilleur compromis possible :

« Pour la République tchèque, ce traité est avantageux puisque les deux points essentiels sur lesquels nous insistions, les droits futurs des citoyens tchèques vivant en Grande-Bretagne et le règlement financier du Brexit, sont pris en compte dans l’accord. Nous sommes satisfaits de la façon dont le traité est construit sur ces deux points clefs. Un ‘Brexit dur’ signifierait que du jour au lendemain, le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne sans les moindres droits et devoirs à l’égard des Vingt-Sept. »

Tomáš Peříček, photo: ČTK/Ondřej DemlTomáš Peříček, photo: ČTK/Ondřej Deml Cette hypothèse d’un « Brexit dur » est loin d’être exclue. Les députés britanniques devraient se prononcer en décembre sur l’accord et ils pourraient très bien le rejeter. Les Nord-Irlandais du Parti unioniste démocrate (DUP), soutiens du gouvernement conservateur minoritaire de Theresa May, le juge en effet « inacceptable », il déplait aussi à l’opposition travailliste dirigée par Jeremy Corbyn et une fraction des conservateurs n’y trouvent pas non plus leur compte. Si le projet de traité est effectivement rejeté, alors il resterait certainement trop peu de temps pour négocier un nouveau texte avant l’entrée en vigueur du Brexit, prévue le 29 mars 2019.

Dans cette situation, le chef de la diplomatie tchèque assure cependant que la République tchèque saura dans l’urgence négocier de façon bilatérale avec Londres pour garantir les droits des ressortissants tchèques installés sur le sol britannique. Le scénario d’un retrait de l’UE sans accord fait aussi frémir du côté des exportateurs tchèques, notamment dans le secteur automobile. 5 % du total des exportations tchèques se font vers le Royaume-Uni. Des analystes tchèques estiment que les effets cumulés d’un tel retrait pourraient alors représenter une perte de 50 milliards de couronnes pour la Tchéquie, environ 2 milliards d’euros, soit tout de même 1 % du PIB du pays.