Prague ravagée par les bombardements : des photos inconnues de Josef Sudek exposées à Prague et en Europe

Ruines de la mairie de Prague, statues endommagées ou encore décombres du monastère d’Emmaüs … La Galerie de la ville de Prague expose, jusqu’à la mi-août, « Topographie de décombres » de Josef Sudek. Quasi inconnue, cette série de photos présente Prague ravagée par la Seconde Guerre mondiale. Une grande première.

En février 1945, le centre de Prague a été la victime collatérale d’un bombardement aérien de Dresde par les alliés américains et britanniques. Trois mois plus tard, lors des derniers jours de la guerre, la ville a été ravagée par l’Insurrection de Prague, un soulèvement de la résistance tchèque contre l’occupant nazi. Josef Sudek, un des plus importants photographes tchèques du XXe siècle, connu notamment pour ses clichés de la capitale tchèque et son travail avec la lumière, s’est baladé dans la ville après ces événements tragiques et a capturé, son appareil au cou, les églises, rues, palais et monuments endommagés par les combats.

Au final, cette ballade a abouti à une série de quatre cents photos en noir et blanc. Soixante-treize ans plus tard, cette collection est présentée pour la première fois au public, concrètement à la Maison de la photographie à Prague, ainsi que dans plusieurs autres villes européennes, et ce dans le cadre d’une exposition intitulée « Josef Sudek : Topographie de décombres ». Conservatrice à l’Institut d’histoire de l’art de l’Académie des sciences, spécialiste de l’œuvre de Josef Sudek, Katarína Mašterová présente ce projet inédit :

Josef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMPJosef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMP « L’exposition est divisée en cinq chapitres qui présentent les déplacements topographiques de Josef Sudek à Prague. Le premier chapitre est intitulé ‘Calendrier’. Cet ensemble de photos de Prague ravagée par les bombardements a été créé sur commande de l’éditeur pragois Josef Poláček qui en a fait un calendrier en 1946 puis un livre de photos. Les autres chapitres présentent différents endroits et situations que Josef Sudek a pris en photo peu après la guerre. »

Une grande partie des près de 250 clichés exposés présente les décombres de l’ensemble gothique d’Emmaüs, qui a été gravement endommagé par le malheureux bombardement allié. La lumière qui pénétre par les murs ruinés jusqu’à l’intérieur du monastère donne aux photos un caractère à la fois artistique et documentaire. Le troisième chapitre est quant à lui consacré à un entrepôt de sculptures métalliques. Katarína Mašterová :

Sauvetage des sculptures

Josef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMPJosef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMP « Cet endroit, qui a fasciné Josef Sudek, est très intéressant. Entre 1942 et 1945, toutes les cloches et les sculptures métalliques, à l’exception de celles en fer, ont été retirées des monuments et rassemblées dans un entrepôt à Maniny, pas loin du port de Holešovice. Elles ont été petit à petit transportées vers le Reich pour y être fondues et transformées en armes. Heureusement, à la différence des cloches, la plupart des sculptures ont pu être sauvées car leur transport était plus compliqué. Ces statues sont donc restées là pendant trois ans avant d’être redécouvertes après la guerre. Elles avaient été empilées de telle manière qu’elles formaient des compositions surréelles avec par exemple le buste du premier président tchécoslovaque Tomáš Garrigue Masaryk à côté de celui du philosophe et pédagogue Jan Amos Comenius, des anges tombés par terre… »

Un autre ensemble de clichés de Josef Sudek présente des passants sur les places de la Vieille-Ville et Venceslas après l’Insurrection de Prague. Pour Katarína Mašterová, il s’agit d’œuvres d’autant plus exceptionnelles que Josef Sudek photographiait presqu’exclusivement des objets et monuments. Enfin, le dernier chapitre montre des photos de la mairie de la Vieille-Ville, grand symbole de Prague, endommagée par un incendie lancé par les nazis suite auquel elle a dû être en grande partie démolie en 1948.

Josef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMPJosef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMP

Exposition itinérante

Les clichés de Josef Sudek sont présentés en compagnie de photos aux motifs similaires, prises par d’autres artistes tchèques de renom. L’exposition a également une version itinérante éponyme. Katarína Mašterová précise :

Josef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMPJosef Sudek, 'Topographie de décombres', photo: GHMP « Cette version itinérante comprend une quarantaine de clichés qui ont été développés par Vlado Bohdan à partir des négatifs de Josef Sudek. Il s’agit donc de vraies photos et pas de copies d’une qualité inférieure. Cette collection est également divisée en cinq chapitres et elle est présentée en collaboration avec les Centres tchèques. Cette année, l’exposition s’est déjà tenue à Düsseldorf et à Milan. On peut la voir actuellement et jusqu’en septembre à Rome. En novembre, les photos de Josef Sudek seront exposées au Centre tchèque de Paris, dans le cadre d’un festival photographique, puis en Pologne et en Russie. »

A Prague, la « Topographie de décombres » est à découvrir jusqu’au 19 août. Les photos de Josef Sudek sont présentées sans légende pour ne pas, dixit les organisateurs, perturber l’impression vécue. Tous les détails sont néanmoins disponibles dans une brochure fournie à l’entrée.