Prague envisage de restreindre son accès aux véhicules les plus polluants

10-07-2014

Ce serait une grande première en République tchèque. La ville de Prague, en coopération avec le ministère de l’Environnement, envisage d’introduire une zone à faibles émissions dont l’accès serait interdit aux véhicules les plus polluants. L’idée pourrait même se développer puisque le ministère entend mettre en place un système de subventions afin de soutenir l’instauration d’autres zones de ce type dans d’autres villes du pays.

Photo: Filip JandourekPhoto: Filip Jandourek Dans la convention signée mercredi avec le ministère, la municipalité s’est engagée à adopter, avant la fin de l’année, un arrêté définissant les limites de la zone à faibles émissions et les types de véhicules autorisés ou non à circuler à l’intérieur de celle-ci. Pour l’heure, le projet n’est donc pas encore finalisé, et ce d’autant moins qu’un nouveau conseil municipal sera appelé à gérer les affaires de Prague suite aux élections prévues à l’automne. Néanmoins, si l’idée se concrétise, cette zone pourrait être instaurée à compter de 2016. Il s’agirait alors d’une petite révolution dans la capitale tchèque, comme le remarque Vítek Masare, porte-parole d’Auto*Mat, une association qui lutte depuis plusieurs années pour limiter la place et le rôle de la voiture dans la capitale tchèque. En mars dernier, lorsque la ville de Paris, confrontée à une forte concentration de pollution, avait décidé de mettre en place un système de circulation alternée pour limiter celle-ci, Vítek Masare s’était montré très critique vis-à-vis de la politique menée à Prague pour limiter la circulation automobile, la pollution atmosphérique qui en découle et améliorer la qualité de l’air :

« Le problème est que la municipalité n’a encore jamais appliqué de mesure concrète. Le chaos et l’anarchie règnent dans le secteur public à Prague. Depuis vingt ans, on n’a jamais trop envisagé l’application de mesures de régulation pour quoi que ce soit. Pour l’instant, on est dans une situation où nous sommes en mesure de dialoguer et d’envisager de telles mesures, mais personne n’a jamais osé prendre de véritables décisions. »

Vít Masare, photo: Auto*MatVít Masare, photo: Auto*Mat Cette fois, si la mesure envisagée se concrétise, deux éventualités sont évoquées concernant l’étendue de la zone. La première ne concernerait que le centre-ville, concrètement la Vieille et la Nouvelle Ville, soit 6% de la surface de Prague. Dans la seconde, les quartiers de Žižkov et de Vinohrady seraient également inclus à la zone, permettant ainsi de doubler la taille de celle-ci.

Dans un premier temps, seuls les véhicules dont les rejets polluants ne respectant pas la norme européenne d’émissions 3 (dite Euro 3) seraient concernés, ce qui signifie que les plus anciens modèles du parc automobile tchèque n’auraient plus accès au centre de Prague. Selon Vítek Masare, une telle législation permettrait de réduire les émissions de polluants de quelques pourcents. S’il n’est donc pas opposé à l’idée, le responsable d’Auto*Mat estime cependant que d’autres solutions, peut-être plus efficaces, sont envisageables :

« Il faut toujours essayer et voir ce qui vaut le coup. Prague dispose d’un excellent réseau de transports en commun. On pourrait donc envisager leur gratuité certains jours lorsque la pollution est la plus forte. Lors de la grève des transports en commun, les médias ont également lancé de nombreux appels pour que les gens se déplacent et se rendent à leur travail en vélo. Et cela avait très bien marché, beaucoup de Pragois avaient réagi positivement. Il existe donc plusieurs alternatives. »

Photo: Tomáš AdamecPhoto: Tomáš Adamec L’idée du recours aux zones à faibles émissions n’est pas nouvelle en République tchèque. Il y a un an et demi de cela, l’ancien gouvernement avait donné son aval au projet du ministre de l’Environnement qui définissait les règles pour la délimitation de ces zones dans les villes et les communes du pays. En février dernier, la municipalité de Brno (Moravie) avait également réfléchi à la chose sans aller plus loin pour l’instant, à la différence de près de 200 villes à travers une dizaine de pays européens qui ont déjà franchi le pas, et notamment en Allemagne voisine, principale source d’inspiration pour les Tchèques.

10-07-2014