Pour Angela Merkel, la répartition des réfugiés reste la pomme de discorde entre Berlin et Prague

Après l’Italie, Malte et la Hongrie la semaine dernière, Andrej Babiš poursuivait sa tournée européenne avec une visite en Allemagne ce mercredi. Les questions relatives aux migrations figuraient bien entendu au cœur des discussions entre la chancelière Angela Merkel et le Premier ministre tchèque, dont les points de vue divergent diamétralement.

Angela Merkel et Andrej Babiš, photo: Markus Schreiber/AP Photo/ČTKAngela Merkel et Andrej Babiš, photo: Markus Schreiber/AP Photo/ČTK « Astérix et Obélix, une inspiration pour l’Union européenne », titrait ce mercredi Hospodářské noviny. Le quotidien économique justifiait son titre en expliquant que selon Andrej Babiš, qui a fait du refus d’accueillir tout migrant en provenance d’Afrique un des principes de la politique de son gouvernement, l’UE devrait être comme le village gaulois de la célèbre bande dessinée qui résiste à l’envahisseur romain. Passons sur le fait que cette référence historique qui figurait traditionnellement en page d’ouverture avec une carte de la Gaule a disparu du dernier album « Astérix et la Transitalique » publié l’année dernière. Plus loin, le journal continuait en affirmant que c’est l’histoire des irréductibles héros majoritairement blonds et moustachus que le chef du gouvernement tchèque allait raconter à la Chancelière. Autrement dit, l’histoire d’une communauté, l’UE, qui « coopère étroitement, mais vit retranchée derrière des frontières fortifiées ».

La migration était ainsi donc le principal thème qu’Andrej Babiš, accueilli par Angela Merkel avec les honneurs militaires mais aussi par une quarantaine de manifestations aux cris de « menteur et voleur » ou encore de « menace pour l’Europe », souhaitait aborder avec la chancelière. Depuis Prague, le chef du mouvement ANO estime que la migration constituera le thème décisif de la campagne qui précédera les prochaines élections européennes. C’est pourquoi il répète depuis quelque temps qu’il proposera un plan global pour résoudre la crise sur l’ensemble du continent, qui reposerait notamment sur la mise en place d’un vaste programme d’aide à l’Afrique similaire au Plan Marshall après la Deuxième Guerre mondiale. L’idée n’est cependant pas nouvelle, et Angela Merkel, qui s’est rendue récemment en Afrique, n’a donc sans doute pas appris grand-chose de nouveau de la part de son interlocuteur tchèque.

C’est d’ailleurs ce qu’elle a confirmé, mercredi midi, peu après leur rencontre, en déclarant que la répartition des réfugiés - que la République tchèque refuse également d’accueillir malgré l’accord passé par Bruxelles avec la Turquie - parmi les pays membres de l’UE restait le point noir des relations, pour le reste excellentes selon elle, entre Berlin et Prague. De son côté, Andrej Babiš a souligné que l’Europe se devait de définir clairement les limites de l’espace Schengen et les frontières qu’il convient de protéger pour empêcher toute entrée illégale sur son territoire.

Angela Merkel et Andrej Babiš, photo: Markus Schreiber/AP Photo/ČTKAngela Merkel et Andrej Babiš, photo: Markus Schreiber/AP Photo/ČTK Toutefois, avant encore de s’envoler pour Berlin, Andrej Babiš n’a pas oublié qu’il restait aussi, et peut-être avant tout, un homme d’affaires en rappelant toute l’importance économique pour la République tchèque de sa proximité avec l’Allemagne :

« Un tiers de nos exportations se font en Allemagne, un quart de nos importations proviennent d’Allemagne et l’Allemagne est le deuxième pays dont les investissements sont les plus importants dans notre pays. Les quelque 6 000 sociétés allemandes qui opèrent dans notre pays ont investi plus de 20 milliards d’euros, notamment dans la recherche. L’Allemagne représente un peu plus de 16 % des investissements réalisés en République tchèque, c’est donc logiquement notre partenaire prioritaire. »

Autant de chiffres, comme ceux concernant le prochain budget européen, qu’Andrej Babiš semble mieux maîtriser que les données relatives aux différents types de migrations. Car comme le regrettait Vít Dostál, expert en affaires internationales cité là aussi dans Hospodářské noviny, « le problème est qu’Andrej Babiš ne sait pas de quoi il parle » en confondant migration économique et aide aux réfugiés.