Plus d’un millier de « nouveaux » squelettes découverts lors de la restauration de l’ossuaire de Kutná Hora

04-12-2019

Monument parmi les plus célèbres de République tchèque, l’ossuaire médiéval de Kutná Hora (Bohême centrale) fait actuellement l’objet de vastes recherches archéologiques. De nouvelles fosses communes contenant quelque 1 200 dépouilles de victimes de la peste noire et de la famine y ont en effet été récemment mises à jour. Une découverte unique en son genre en Europe selon les chercheurs… Brrr !

L’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef VostárekL’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef Vostárek

C’est très certainement un des lieux parmi les plus insolites (glauques aussi sans doute) en République tchèque, même s’il est parfois recommandé aux âmes sensibles de s’abstenir d’y pénétrer. En juin dernier, même la chaîne américaine CNN en avait recommandé la visite à son public. Si jusqu’à un peu plus d’un demi-million de touristes se rendent chaque année à Kutná Hora, ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO située à 80 kilomètres à l’ouest de Prague, c’est entre principales raisons pour y découvrir cet ossuaire parmi les plus remarquables en Europe.

L’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef VostárekL’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef Vostárek Cette chapelle monumentale se trouve dans l'église située dans le quartier de Sedlec et abrite les ossements de 40 000 à 70 000 personnes mortes de la peste dans la première moitié du XIVe siècle ou, un peu plus tard, lors des guerres hussites. C’est là qu’en 1142 a été fondé un monastère cistercien, le plus ancien dans ce qui était alors le royaume de Bohême. Le monastère brûlé lors des guerres hussites dans la première moitié du XVe siècle, seule l’église de l’Assomption est restée à Sedlec. L’église, donc, son cimetière sacré et des squelettes, d’adultes comme d’enfants. Des dizaines de milliers de squelettes même, dont la présence de certains n’a été découverte que tout récemment, comme l’explique l’archéologue Jan Frolík, un des responsables de l’équipe qui passe actuellement les lieux au peigne fin :

Jan Frolík, photo: ČTK / Josef VostárekJan Frolík, photo: ČTK / Josef Vostárek « Des recherches archéologiques sont menées dans l’ossuaire depuis 2016 et jusqu’à cette année, nous avions creusé aux abords de l’ossuaire. Les fosses communes avec les dépouilles des victimes de la famine et de la peste qui ont sévi respectivement en 1318 et 1348 sont la principale découverte que nous avons faite. »

« Nous pourrions comparer notre découverte à celle faite au cimetière d'East Smithfield de Londres avec ses 500 squelettes. Nous avons découvert environ 600 victimes de la peste et 600 autres de la famine, soit donc effectivement quelque 1 200 squelettes. »

« Depuis cette année, nous menons également des recherches à l’intérieur de l’ossuaire. Nous avons trouvé cinq fosses communes sous la première pyramide qui sont même plus anciennes. Cela signifie que lorsque l’ossuaire a été édifié, personne ne savait que des fosses se trouvaient là. »

De nouvelles fosses communes contenant quelque 1 200 dépouilles de victimes de la peste noire et de la famine y ont en effet été récemment mises à jour, photo: ČTK / Josef VostárekDe nouvelles fosses communes contenant quelque 1 200 dépouilles de victimes de la peste noire et de la famine y ont en effet été récemment mises à jour, photo: ČTK / Josef Vostárek La chapelle toute décorée d’os dans les styles baroque et gothique, subit actuellement d’importants travaux de restauration. C’est dans le cadre de ceux-ci que la première des quatre grandes pyramides composées d’ossements a été démontée, et de nouvelles fosses découvertes.

L’ossuaire, toujours plus fréquenté par les touristes, est aujourd’hui victime de son succès. C’est ainsi qu'à compter de janvier prochain, il sera interdit d’y prendre des photos sans l’obtention d’une autorisation préalable. En cause, le manque de respect de certains visiteurs pour ces lieux sacrés, comme le confirme Radka Krejčí, représentante de la paroisse catholique de Kutná Hora – Sedlec:

L’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef VostárekL’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef Vostárek « Nous avons retrouvé des croix sataniques inversées, des selfies sur lesquels les gens avaient touché aux ossements, et même une photo où la personne prise en portrait était en train de lécher un os… Or, l’ossuaire est censé être d’abord un lieu de recueillement. Ce n’est pas un endroit où ce type de photos devraient être prises. »

Pour autant, ce sont précisément les visites des touristes qui permettent à la paroisse de financer l’entretien et les travaux de restauration, dont le montant engagé jusqu’à présent s’élève déjà à près de deux millions d’euros. Si l’ossuaire reste ouvert au public, la durée des travaux est estimée à au moins dix ans.

L’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef VostárekL’ossuaire médiéval de Kutná Hora-Sedlec, photo: ČTK / Josef Vostárek
04-12-2019