Pierre Emmanuel, l'homme qui a ébranlé le rideau de fer

A l'occasion du 20ème anniversaire de la mort du poète Pierre Emmanuel, on a évoqué, à Prague, ses activités en faveur des intellectuels obligés de vivre sous des régimes totalitaires, donc aussi les intellectuels tchèques, notamment dans les années 1960 et 1970. Une conférence a été donnée, ce mardi, à l'Institut français de Prague par son ancienne assistante Roselyne Chenu. Interrogée par Vaclav Richter, elle a parlé de Pierre Emmanuel et de ses activités dans le cadre de la Fondation pour une entraide intellectuelle européenne.

"Il y avait plusieurs types d'activités qui étaient un peu différentes d'un pays à l'autre, parce que cela dépendait des besoins des gens sur place. Pour être très schématique, nous envoyions des livres et des revues aux personnes qui nous le demandaient. C'étaient ces personnes qui nous écrivaient des différents pays qui choisissaient les titres. Ce n'est pas nous qui leur choisissions ou imposions des titres. C'était donc à la demande que nous envoyions des livres qui ensuite, et j'en ai eu beaucoup de témoignages, circulaient, c'est à dire, chaque personne qui recevaient des livres, ensuite les faisait lire à d'autres personnes. Donc il y avait tout un réseau et pour beaucoup c'était le seul contact avec la pensée occidentale pendant ces années là. Donc, envoi de livres. D'autre part, nous invitions le plus possible à des rencontres internationales, importantes ou modestes, rencontres organisées en France où dans d'autres pays d'Europe occidentale. Nous invitions donc des personnes de tous ces pays-là et d'Europe de l'Est en particulier qui parfois recevaient leur passeport et pouvaient venir, parfois, et bien souvent ne le recevaient pas. Mais au moins, ces personnes savaient qu'on pensait à elles. Et lorsqu'elles pouvaient sortir pour assister à un colloque ou à une rencontre, nous leur donnions alors une très modeste bourse de voyage pour prolonger pendant huit jours, quinze jours, un mois au maximum, leur séjour en Occident, de manière à ce que ces personnes puissent rencontrer des collègues, des confrères et puis respirer tout simplement."

Comment les autorités communistes voyaient ces activités, est-ce qu'elles les considéraient comme dangereuses?

" Beaucoup de livres n'arrivaient pas à leur destination, soit ils devaient être volés par des douaniers ou autres, soit des livres nous revenaient comme interdits. Bien souvent c'étaient des livres qui n'avaient strictement aucune couleur ou odeur politique, si je puis dire. Nous étions prudents, c'est à dire, nous donnions des bourses de voyage ou nous invitions à des colloques également des membres du parti communiste. Nous savions qu'ils étaient membres, mais cela avait l'air plus neutre. Nous n'avions aucune activité politique au sens strict du terme. Il faut dire aussi que cela dépendait d'un pays à l'autre parce que les régimes n'étaient pas identiques dans chacun des huit pays derrière le rideau de fer."

(Vous entendrez la version intégrale de cet entretien, ce samedi, dans le cadre de la rubrique Rencontres littéraires de Radio Prague.)