Petr Uhl: « Il faut que la France soit plus présente dans notre société. »

14-06-2006

Mardi, le journaliste et militant tchèque pour les droits de l'homme Petr Uhl a reçu à l'ambassade de France à Prague l'insigne du Chevalier de la Légion d'honneur. L'ambassadeur de France, Joël de Zorzi, a expliqué pourquoi la France lui attribuait cette distinction et pourquoi elle lui était reconnaissante : «Cette estime et cette reconnaissance s'adressent autant au fidèle ami de la France qu'à un militant infatigable en faveur des droits de l'homme et de la liberté sous toutes ses formes, liberté publique et politique des citoyens, liberté d'expression, liberté de la presse. »

Petr Uhl et Joël de Zorzi, photo: CTKPetr Uhl et Joël de Zorzi, photo: CTK Petr Uhl est un homme de gauche. Ce dissident et prisonnier politique sous le régime communiste a aussi été un des artisans de la Révolution de velours et de la chute du régime arbitraire en 1989. Depuis ce temps-là, il ne cesse de combattre pour une société libre et juste sur le plan social et il continue de défendre les droits de l'homme. Il refuse pourtant d'être qualifié d'homme politique.

 « Je ne suis pas un homme politique, je suis plutôt un citoyen qui, depuis sa jeunesse, depuis presque son enfance, est francophone. J`ai eu pendant toute ma vie des contacts avec la France, avec les Français, avec la culture française et c'est devenu un choix. C'est aussi un choix culturel comme, disons, un contrepoids à l'orientation trop unilatérale de la société tchécoslovaque, et maintenant tchèque, vers le monde anglophone, vers les Etats-Unis, etc. Je pense qu'il faut que la France, et pas seulement sa langue mais aussi ce qu'on appelle la civilisation française, doit être plus présente dans notre société surtout après la Révolution de velours. »

Qu'est-ce que la langue, la civilisation et la culture françaises vous ont donné ?

 « Beaucoup de choses : la littérature, la philosophie, la culture politique surtout. Je suis orienté vers la gauche. Je pense qu'il faut approfondir encore la solidarité sociale, qu'il faut approfondir nos droits sociaux, parce qu'avant la Révolution de velours il y avait chez nous des sûretés sociales garanties pour tout le monde ou presque tout le monde, mais il n' y avait pas de droits sociaux. Et maintenant la France et l'Union européenne sont un grand exemple pour nous. Elles nous mettent dans la nécessité de coordonner notre législation et même notre culture avec celle qui est depuis des décennies en France et aussi en Scandinavie. Je pense qu'il y a deux grands exemples pour nous : c'est la Scandinavie, qui est protestante, qui est beaucoup plus stricte, qui a réussi à développer un Etat social, et puis la France où ces choses sont atteintes d'une autre manière, parfois plus attirante et plus acceptable pour nous qu'en Scandinavie. Ces deux parties de l'Europe doivent devenir un exemple pour la transformation sociale et culturelle de notre société, la transformation politique n'est pas suffisante. »

Vous venez de recevoir une haute distinction française. Que représente-t-elle pour vous ?

 « C'est le sommet de ma vie et de ma carrière. C'est une reconnaissance non seulement de mes actes, de mon histoire, de mes contacts avec la France, mais surtout de la Charte 77. Nous sommes maintenant dans le palais Buquoy, siège de l'ambassade de France à Prague, où le président François Mitterrand a offert un petit déjeuner, en octobre 1988, à une dizaine de dissidents et militants de la Charte 77. Je pense donc que c'est la reconnaissance de notre lutte avant la Révolution de velours mais aussi de toutes les tendances qui se sont réalisées ou même pas réalisées après la Révolution de velours sur le plan des contacts et de la coopération franco-tchécoslovaque et franco-tchèque. »

14-06-2006