Paris découvre l'affiche tchèque des années soixante

Il en a fallu du temps mais cette fois-ci la paranthèse des années de plomb de la normalisation communiste de la vie sociale et culturelle tchèque après l'invasion des chars soviétiques en 1968, au coeur de l'Europe, semble définitivement fermée, au moins vu de Paris.

Centre tchèque à ParisCentre tchèque à Paris Oui, nous sommes du même monde, aussi bien hier qu'aujourd'hui, affirme, par sa seule présence, l'exposition des affiches du cinéma et du théâtre tchèque des années 60 inaugurée avec bonne humeur mercredi soir par Antonin Liehm, lui-même participant actif au foisonnement culturel de cette époque. Cette exposition, qui va durer à Paris juqu'au 23 juin, complète harmonieusement la rétrospective parisienne des films tchèques de la même époque : Milos Forman, Vera Chytilova, Bohumil Hrabal, Jan Nemec, Jan Svankmajer et beaucoup d'autres sont à nouveau parmi nous.

Et la nostalgie est fortement de la partie, comme disait le commissaire de l'exposition, le jeune Jean Gaspar Palenicek, en se référant à Josef Kroutvor : « A Prague aujourd'hui les vieux cinémas ferment la porte pour laisser place aux multiplex. Les piles d'affiches se changent en histoire vers laquelle se tournent, en admiration, non seulement les anciens spectateurs nostalgiques, mais également les visiteurs contemporains des galeries et des musées. » Fin de citation. Mais les affiches de Karel Vaca, Vaclav Zeman, Karel Machalek, Karel Teissig et d'autres, des films interdits à Prague après 1968 et ne sortis en salles qu'après 1989 et leurs affiches exposées à Paris, ces jours-ci, où on parle tant de l'Europe et sa constitution, témoignent non seulement de la bêtise criminelle du régime qui les a interdits, mais surtout des mêmes racines européennes qui ne peuvent s'épanouir que dans la liberté.

Certes, la situation a bien changé, la concurrence créative se charge de nouveaux créneaux. Voici une preuve bien parisinne : du Centre culturel tchèque, rue Bonaparte, il suffit de traverser la Seine. Sur l'autre rive, vous pouvez visiter dans la galerie du pont Neuf une exposition critique conçue par Adam Vackar consacrée aux nouveaux riches qui émergent en République tchèque. Je vous disais - les temps changent.