Oiseaux, grenouilles et hérissons « en direct » sur Slow Radio

04-07-2019

Une légère agitation de l’eau, le bruissement du vent dans les feuilles des arbres, les chants de diverses espèces d’oiseaux ou encore des bruits non identifiables, parfois mystérieux, de la forêt : c’est tout cela qui est proposé vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur Slow Radio. Cette station numérique retransmet en direct et en continu les sons apaisants de la nature depuis un lieu tenu secret. Un projet unique en son genre lancé il y a trois ans par un groupe de passionnés de technique. Tendez l’oreille !

Trouver un peu de calme et de fraîcheur à tout moment de la journée, c’est possible grâce à Slow Radio, un projet inédit créé par les membres du collectif expérimental « Žádná věda ». Après avoir lancé, sur Internet, des vidéos en direct qui permettent de suivre, plusieurs heures durant, trains, tramways ou bateaux, le collectif a mis sur pied un projet audio. Jan Kužník explique en quoi consiste le concept original de Slow Radio :

« Nous diffusons depuis l’endroit où, selon les ornithologues, plus de 200 espèces d’oiseaux sont répertoriées chaque année. Comme c’est un endroit situé à proximité immédiate d’une surface d’eau, l’auditeur peut aussi entendre les poissons, notamment la nuit, ainsi que les grenouilles, les animaux de la forêt et les insectes. Puisque nous retransmettons un son stéréo dans une excellente qualité, il arrive à nos auditeurs d’agiter instinctivement le bras pour chasser une mouche… Il peut aussi leur arriver d’entendre des bruits lointains de la civilisation, comme ceux des voitures ou des tondeuses par exemple, mais c’est plutôt rare. »

Jan Kužník, photo: Alžběta ŠvarcováJan Kužník, photo: Alžběta Švarcová Trouver une localité quasi vierge, éloignée de la civilisation, mais avec une couverture mobile pour pouvoir assurer la retransmission, a d’ailleurs été le défi majeur pour les auteurs du projet de Slow Radio :

« Nous avons d’abord cherché une localité idéale. Mais au bout d’un an, après avoir parcouru tout le pays, nous avons compris qu’elle n’existait pas. Nous rêvions tout à la fois d’un endroit silencieux, désert, loin des habitations, mais où il y aurait en même temps des choses intéressantes à entendre. Finalement, les ornithologues nous ont conseillé l’endroit depuis lequel nous diffusons. Il est situé en Bohême du Sud, près d’un étang, mais nous ne voulons pas en dire plus pour ne pas que les gens s’y rendent. Leur présence menacerait tout le projet, l’écoute ne serait plus la même. C’est une zone protégée, où nichent les oiseaux, et l’accès y est de toute façon limité. »

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková Deux micros performants et un ordinateur connecté à Internet assurent la retransmission depuis la forêt. Les meilleurs moments pour écouter adviennent à l’aube et le soir lorsque les chants de plusieurs espèces d’oiseaux donnent lieu à un véritable concert.

A la tombée de la nuit, les bruits de la forêt peuvent parfois éveiller des soupçons, comme nous le raconte Jan Kužník :

« Je me souviens avoir reçu, au milieu de la nuit, l’appel d’un auditeur. Il avait entendu des bruits très suspects sur Slow Radio. Il était persuadé que c’était un voleur qui voulait dérober notre équipement technique. Avec mes collègues, nous avons enregistré ces bruits de pas qui faisaient vraiment penser à un film d’horreur. Nous avons ensuite consulté des scientifiques. Il s’est avéré que c’était probablement un hérisson qui effectuait sa balade nocturne un peu trop près de nos micros. »

Slow Radio diffuse depuis le début du printemps jusqu’à l’automne, période des premiers gels et de la migration des oies sauvages. L’écoute est possible sous trois formats différents, et des centaines de personnes s’y mettent à tout moment de la journée. Jan Kužník :

Photo: Alexas_Fotos / Pixabay, CC0Photo: Alexas_Fotos / Pixabay, CC0 « Les gens aiment écouter Slow Radio quand ils travaillent, cela les aide à mieux se concentrer. La radio est aussi diffusée dans les salles d’attente de plusieurs institutions qui nous ont elles-mêmes sollicitées. C’était d’ailleurs notre objectif : offrir aux gens des moments de relaxation. Nous voulons aussi leur faire découvrir la beauté sonore de la nature. Car sans image, on devient beaucoup plus attentifs à ce que l’on entend. »

Car Slow Radio a aussi un volet éducatif : elle a par exemple soutenu la campagne « Silent forest », lancée par les zoos d’Europe pour sauvegarder des oiseaux chanteurs d'Asie du Sud-Est, victimes du trafic illégal. En collaboration avec les ornithologues, l’équipe de Slow Radio développe actuellement une sorte de guide sonore des oiseaux tchèques, basé sur l’intelligence artificielle. Ainsi, il devrait bientôt être possible d’identifier l’oiseau qui est en train de chanter directement sur le site de la radio.

http://www.slowradio.cz/

Photo: Barbora NěmcováPhoto: Barbora Němcová
04-07-2019