Nouvelle démission d’un ministre soupçonné de corruption

Un de plus ! Soupçonné de corruption, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Martin Kocourek, a démissionné de ses fonctions mercredi. Il est ainsi devenu le sixième ministre et le troisième membre du Parti civique démocrate (ODS), principale formation de la coalition, à quitter prématurément un gouvernement qui a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités.

Martin Kocourek, photo: CTKMartin Kocourek, photo: CTK C’est une somme de 16 millions de couronnes (640 000 euros) se trouvant sur le compte bancaire de sa mère qui a coûté sa place à Martin Kocourek. Le scandale a éclaté vendredi dernier, suite à la publication dans la presse de documents démontrant que la mère du ministre avait signé, en 2008, un contrat avec une société d’investissement, signature à la suite de laquelle étaient apparues sur son compte, une semaine plus tard, des obligations d’une valeur de 16 millions. Trois mois plus tard, l’ordre était donné de vendre ces obligations. Selon les documents publiés, l’argent qui aurait permis l’achat des titres provenait d’une société siégeant au Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis. Forcément, Martin Kocourek a été aussitôt soupçonné d’être impliqué dans une affaire de corruption.

Mercredi après-midi, le ministre a donné sa version des faits lors d’une conférence de presse spéciale au cours de laquelle il est apparu très nerveux et très hésitant :

« Il s’agit en partie d’argent qui appartenait à ma famille. C’est-à-dire qu’il y avait de l’argent de ma mère, de l’argent en rapport avec mon passé, concrètement provenant de mon accident, et il y avait aussi de l’argent qui était le fruit de mes économies et de mes affaires. »

Après avoir démenti l’information selon laquelle cette somme d’argent aurait un rapport avec ses anciennes fonctions au sein du conseil de surveillance de ČEZ, la société nationale de production et de distribution d’électricité, Martin Kocourek a déclaré avoir réalisé ces transactions afin, selon ses propres termes, de « détourner » la somme de 16 millions de son épouse dont il a divorcé en 2008. Lors de cette même conférence de presse, Martin Kocourek affirmait qu’il n’entendait pas abandonner son fauteuil de ministre. Mais dans la soirée, le Premier ministre, Petr Nečas, après avoir qualifié les démarches de Martin Kocourek de « malheureuses » tout en précisant qu’il ne voyait aucune suspicion de corruption dans cette affaire, annonçait avoir accepté sa démission. Ministre de la Justice et vice-président du Parti civique démocrate, Jiří Pospíšil justifie la position du chef du gouvernement :

Jiří PospíšilJiří Pospíšil « Il y aurait eu un problème si l’affaire avait duré plusieurs semaines et si Martin Kocourek n’avait pas donné d’explications. Or, le Premier ministre lui a laissé quelques jours pour rassembler ses arguments. Je pense que c’est une démarche adéquate. Aujourd’hui, il est apparu que son argumentation était difficilement utilisable. Ses explications selon lesquelles il s’agit de biens appartenant à sa famille qu’il voulait détourner de sa femme ne sont effectivement pas très heureuses, et c’est pourquoi il a démissionné. Mais l’essentiel est qu’une explication ait été donnée, qu’une décision ait été prise et que l’affaire n’ait pas traîné. »

Dans le camp de l’opposition sociale-démocrate, dont certains membres sont eux aussi régulièrement mis en cause dans des affaires de corruption, on s’est bien entendu empressé de tirer sur l’ambulance, à l’image du sénateur Jiří Dientsbier, vice-président du parti social-démocrate :

Jiří DientsbierJiří Dientsbier « Je pense que cette démission arrive quand il n’était plus possible de faire autrement. Martin Kocourek a encore essayé de sauver sa peau mercredi en fournissant de nouvelles explications sur l’origine de son argent, mais ses explications ont été encore plus catastrophiques que les doutes qui avaient été émis préalablement. De l’argent en provenance du Nouveau-Mexique et d’une société opaque a été évoqué, on pouvait donc légitimement se demander s’il ne s’agissait pas de blanchiment d’argent. Mais l’argument de Martin Kocourek est qu’il a voulu tromper sa femme…Quelle que soit la vérité, le fait est qu’il est impensable qu’une telle personne puisse continuer à exercer les fonctions de ministre. »

Martin Kocourek abandonnera officiellement ses fonctions de ministre lundi prochain. Restera le fait qu’il n’est pas le premier contraint de prendre la porte de sortie au sein d’un gouvernement ayant fait de la lutte contre la corruption une des priorités de son programme. Un constat qui ne trouble cependant pas Jiří Pospíšil :

Martin Kocourek, photo: CTKMartin Kocourek, photo: CTK « La réaction rapide de Martin Kocourek et son départ quelques jours seulement après que l’affaire soit apparue dans les journaux est la preuve que ce gouvernement lutte bien contre la corruption. Lorsqu’un de ses membres ne fait ne serait-ce que l’objet de soupçons, il quitte le gouvernement. C’est un signe positif, la preuve que la volonté de lutter contre la corruption est bien réelle, qu’elle repose sur des faits concrets et pas seulement des mots en l’air. »

Cette démission du ministre du Commerce et de l’Industrie pourrait désormais déclencher un vaste jeu de chaises musicales au sein de la coalition tripartite. Parmi les candidats potentiels pourrait notamment figurer Pavel Drobil, l’ancien ministre de l’Environnement lui aussi prié de démissionner en décembre dernier pour les mêmes raisons aujourd’hui que Martin Kocourek…