Miroslav Poche, ministre officieux des Affaires étrangères ?

28-06-2018

Sous la pression de Miloš Zeman et des communistes, le Premier ministre et leader du mouvement ANO, Andrej Babiš, a donc bien renoncé à nommer le social-démocrate Miroslav Poche ministre des Affaires étrangères, dans son gouvernement nommé mercredi par le chef de l’Etat. C’est le président de la social-démocratie, Jan Hamáček, qui va gérer temporairement ce portefeuille, en plus de celui de l’Intérieur. Mais le feuilleton n’est pas terminé pour autant…

Miroslav Poche, photo: Michal Kamaryt / ČTKMiroslav Poche, photo: Michal Kamaryt / ČTK C’est l’ultime épisode qui menaçait la formation d’une coalition gouvernementale minoritaire entre le mouvement ANO et la social-démocratie, avec le soutien des communistes. Le président Miloš Zeman refusait catégoriquement de nommer l’eurodéputé social-démocrate Miroslav Poche à la tête de la diplomatie tchèque, auquel il reproche des positions plus souples sur l’accueil des migrants et critiques vis-à-vis de la politique israélienne et américaine.

Une solution de compromis semblait donc avoir été trouvée, avec la nomination temporaire de Jan Hamáček, le leader social-démocrate, au palais Černín, le siège du ministère des Affaires étrangères. D’après certaines versions, le Premier ministre Andrej Babiš se serait présenté au château de Prague avec deux compositions possibles pour son gouvernement, l’une avec Miroslav Poche, l’autre sans l’eurodéputé. Miloš Zeman aurait évidemment choisi la seconde. Mais ce jeudi, les sociaux-démocrates démentent en bloc ce récit, à l’image de Jan Chvojka, le chef du groupe parlementaire social-démocrate :

Jan Chvojka, photo: Filip Jandourek, ČRoJan Chvojka, photo: Filip Jandourek, ČRo « Je me dois de réfuter catégoriquement ce qu’on apprend dans les médias ce mercredi et encore ce jeudi matin comme quoi il y avait deux listes et que Jan Hamáček aurait reculé. Je viens de recevoir une copie de la proposition de composition gouvernementale. Le nom de Miroslav Poche y figurait bien et cette liste était unique. »

Ainsi, les sociaux-démocrates reprochent au président Miloš Zeman d’avoir outrepassé ses prérogatives en refusant telle quelle la liste que le Premier ministre lui a soumise. De telle sorte qu’une plainte en compétence, c’est-à-dire un recours contre le chef de l’Etat, pourrait être déposée. Miroslav Poche n’écarte pas tout à fait cette éventualité. Il n’a en tout cas pas renoncé à devenir ministre :

« Je ne crois pas que la social-démocratie soit prête à reculer. Pour ce qui est d’une éventuelle plainte constitutionnelle, ou bien d’une plainte en compétence, il faut demander au Premier ministre. Il est au cœur du problème. Le chef de l’Etat a refusé la nomination d’un ministre qu’il proposait. La social-démocratie tient à cette nomination. A cette étape, la République devrait pouvoir avoir un ministre pleinement en fonction. »

Jiří Pospíšil, photo: Jana Přinosilová, ČRoJiří Pospíšil, photo: Jana Přinosilová, ČRo Jan Hamáček n’est pas un surhomme et il est en effet difficile d’imaginer qu’il puisse gérer de front la présidence du parti social-démocrate, la vice-présidence du gouvernement, la gestion du ministère de l’Intérieur et celle, même temporaire, des Affaires étrangères. Dans l’opposition, Jiří Pospíšil, le chef du groupe parlementaire TOP 09, voit là un grave problème :

« Je ne doute pas qu’il soit un politicien compétent, mais il doit gérer deux ministères exceptionnellement importants. Il est aussi étrange qu’il soit seulement temporairement au ministère des Affaires étrangères, alors qu’il devra signer des documents importants. Vraiment, il aura du mal à gérer activement la politique étrangère quand il devra en plus s’occuper du ministère de l’Intérieur. »

Miroslav Poche et Jan Hamáček, photo: ČTKMiroslav Poche et Jan Hamáček, photo: ČTK Mais Jan Hamáček ne sera pas tout à fait seul au palais Černín. Le site d’information idnes.cz révèle en effet que, ce jeudi matin, Miroslav Poche s’est présenté au ministère des Affaires étrangères. Dans l’ombre de Jan Hamáček, il pourrait ainsi gérer la politique étrangère de la République tchèque. Il explique :

« Pour le ministre officiellement nommé, M. Hamáček, je vais essayer de coordonner l’agenda politique du ministère et lui fournir des conseils en matière de politique étrangère. Par le passé, il a existé un poste de secrétaire politique. C’est quelqu’un qui dispose d’une compétence claire pour discuter les orientations politiques de ce cabinet. »

A peine nommé, le gouvernement d’Andrej Babiš semble déjà en difficulté, avec deux ministres des Affaires étrangères, l’un officiel et l’autre officieux.

28-06-2018