Milan Kundera réhabilite sa comédie «Ptakovina»

Le théâtre pragois Cinoherni klub a obtenu l’autorisation de Milan Kundera de jouer sa pièce « Ptakovina », mot argotique qu’on pourrait traduire comme « connerie, idiotie, bêtise ». Cette comédie « un peu noire », qui se situe à la limite du théâtre absurde, a été longtemps désavouée par son auteur. Aujourd’hui, nous assistons donc à sa réhabilitation.

Cela se passe dans une école où quelqu’un a dessiné sur le tableau noir un losange, symbole du sexe féminin. Pour trouver l’auteur de cette provocation, une enquête est ouverte qui dévoile la « face cachée » des personnages de la pièce et les traits inavouables de leur caractères. La pièce qui s’insérait dans le courant satirique dénonçant la stupidité du régime communiste a été jouée par plusieurs troupes tchèques en 1969. Mais quand, en 1990, le théâtre pragois Studio Ypsilon voulait la mettre en scène, il s’est heurté au refus de Milan Kundera. Les préparatifs du spectacle s’étaient déroulés malheureusement à l’insu de l’auteur dont l’autorisation n’avait été sollicitée que trop tard. Kundera avait au moins deux raisons pour son refus. Il estimait qu’il ne s’agissait que d’une esquisse et non d’une oeuvre achevée et que la pièce écrite en 1966 ou 1967 ne serait plus d’actualité. C’est Jiri Srstka, directeur de l’agence Dillia, qui a réussi, longtemps après, lors de discussions amicales avec l’auteur, à réfuter ces objections. Jiri Srstka explique pourquoi il faut aujourd’hui jouer cette comédie :

Jiri Srstka, photo: CTKJiri Srstka, photo: CTK « Cela a été très bien dit par le metteur en scène Ladislav Smocek qui montera la pièce sur la scène du théâtre pragois Cinoherni klub. On sait d’ailleurs que Milan Kundera n’a donné son autorisation qu’à condition que la pièce soit montée dans ce théâtre justement par Ladislav Smocek. Je vais citer les paroles du metteur en scène : « Dans cette pièce Kundera était encore une fois en avance sur son temps. Sans aucun doute la pièce ne date pas. Il y a d’excellentes observations sur des problèmes qui nous intéressent toujours : mouchardage, écoutes secrètes et délations de toute sorte. Elle ne manque pas d’humour et en plus elle évoque des thèmes corrosifs qui démontrent la cruauté des rapports entre les gens, ce que le public, habitué à une dramaturgie modelée selon des critères fixes, ne réalisait pas à l’époque. »

D’après Jiri Srstka, il y a peut-être même une certaine différence entre la perception de cette pièce par le metteur en scène et celle par l’auteur lui-même.

« Milan Kundera a estimé que c’était avant tout une comédie, que la mise en scène devait obéir aux règles du genre et que les spectateurs devaient surtout s’amuser. Quant à Ladislav Smocek, il trouve dans la pièce encore une espèce de second plan dont Milan Kundera ne parle presque pas. »

Quoi qu’il en soit, la période de disgrâce pour « Ptakovina » semble terminée et Jiri Srstka peut se féliciter de son intervention adroite car la pièce réhabilitée reviendra bientôt sur scène :

« Je crois que c’est un espoir très réel. La pièce sera donnée au début du printemps. J’en ai parlé avec le directeur du Cinoherni klub, Vladimir Prochazka, et Ladislav Smocek, et je dirais que la première pourrait avoir lieu au début ou dans le courant du mois de février. »