Lucie Vondrackova aux Festivités d'été de Shakespeare : « Desdémone, c'est moi »

09-06-2006

C'est reparti pour un nouvel été placé sous le signe de Shakespeare : pour la dixième édition des Festivités d'été de Shakespeare, les planches de la scène en plein air du Château de Prague vibreront au son des répliques de trois pièces : à côté du Marchand de Venise et de la Nuit des Rois, c'est la représentation d'Othello qui servira d'inauguration et de clôture au festival. Anna Kubista a rencontré la comédienne Lucie Vondrackova pour qui, à 26 ans, ce n'est pas le premier rôle shakespearien. Une expérience qui lui permet de comparer les personnages féminins :

Lucie Vondrackova, photo: CTKLucie Vondrackova, photo: CTK « Dans un des monologues de Desdémone, on peut voir à la fois Juliette, Ophélie et les autres. Pour cette raison, c'est très fort ce que je dis dans ce monologue. C'est un peu comme dans un rêve quand je suis en moi-même. »

En quoi Desdémone vous est-elle proche ?

« C'est difficile... Car nous avons été ensemble avec Michal Dlouhy (ndlr : Othello) pendant trois ans et maintenant, quand nous jouons ensemble dans une pièce, il y a tout ce que nous avons vécu ensemble. Alors je peux dire que Desdémone, dans cette pièce, c'est moi. »

Pour le metteur en scène, Petr Kracik, le défi de la mise en scène est total : tant par la renommée des Festivités que par son emplacement en plein air, dans une des cours du Château. Mais pas seulement :

« Shakespeare est un chapitre a lui tout seul. Il y a des metteurs en scène qui évitent volontairement Shakespeare ou, au contraire, certains sont complètement enthousiasmés parce qu'il leur fournit une occasion d'expression pas seulement poétique mais aussi à cause du grand spectacle, avec du sang et de véritables orgies de lumière ! Moi, je suis un peu entre les deux parce que la plupart du temps je mets en scène des pièces dont le thème doit m'être proche, où je peux l'évaluer non pas seulement du point de vue philosophique mais aussi existentiel. Et où je peux - ce que Shakespeare permet parfaitement - offrir de très beaux personnages de théâtre. »

Othello est une des pièces de Shakespeare les plus connues et les plus appréciées du grand public. Sa présentation est aussi une occasion de renverser un cliché souvent colporté : d'une part, Othello n'est pas noir, comme on se l'imagine, c'est un Maur, et surtout, malgré des allusions qui apparaissent clairement xénophobes au spectateur contemporain, la question de savoir si Othello est une pièce raciste ou non n'est pas pertinente. Pour Petr Kracik, Othello va au-delà :

« Ce n'est pas une tragédie royale, dans le sens où on y parlerait politique et philosophie. Othello est complètement différent. C'est une pièce très personnelle, très intime, familiale, quelque chose que chacun de nous peut vivre à sa mesure. La personne qui n'éprouve pas de jalousie doit être une personne malheureuse, tout comme la personne qui est jalouse, d'ailleurs. Chacun de nous a vécu une relation dans laquelle il a ressenti ce type de sentiments. Bien sûr tout le monde n'en vient pas à vivre cette tragédie pleine de folie et n'en arrive pas à une telle destruction de la personnalité. »

Les festivités d'été de Shakespeare, c'est du 21 juin au 10 septembre, à Prague, mais aussi partiellement à Brno et à Bratislava en Slovaquie. A noter encore l'originalité de la mise en scène du Marchand de Venise dans laquelle les personnages juifs sont joués par des Tchèques et les chrétiens par des Slovaques. Et c'est le célèbre acteur Bolek Polivka qui endossera les habits de Shylock, et Anna Polivkova qui jouera Jessica, sa fille dans la vie comme à la scène.

09-06-2006