L’Ordre des médecins autorise à ne pas pratiquer l’acharnement thérapeutique

01-03-2010

Le monde de la santé publique tchèque connaît depuis ce lundi une petite révolution qui brise également un tabou : l’Ordre des médecins a adopté un document autorisant les médecins à suspendre les actes médicaux servant à maintenir artificiellement en vie les malades incurables. La notion d’euthanasie est strictement écartée dans le document.

« Il n’y a aucune obligation d’entreprendre un traitement vain ou de poursuivre des actes qui apparaissent inutiles et disproportionnés et n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie d’un malade incurable », indique le document adopté par l’Ordre des médecins. Sur quatre pages, il apporte des recommandations concernant l’arrêt de traitement pour abréger les souffrances d’un malade et lui éviter de finir ses jours dans des conditions indignes. Les personnes concernées sont celles dans le coma qui présentent une insuffisance de plusieurs organes et dont le traitement ne donne aucun espoir d’amélioration.

C’est un domaine très sensible sur lequel un tabou régnait, et avec ce document, les médecins disposent enfin de recommandations concrètes qui vont les guider, souligne Milan Kubek, chef de l’Ordre des médecins :

Milan KubekMilan Kubek « Pas la peine d’opérer un patient qui n’a aucun espoir que l’intervention puisse lui sauver ou, du moins, prolonger la vie. »

Qualifié de tournant qui aura une influence sur l’ensemble du système des soins médicaux, le document est salué par certains experts, parmi lesquels Karel Cvachovec, chef de la Société d’anesthésiologie, de ressuscitation et de médecine intensive :

« Je salue le document. Nous mourons tous un jour, le problème qui se pose est que les médecins reconnaissent le moment où la mort arrive. »

C’est justement cet aspect du document qui pourrait déclencher la polémique. Comme le souligne Milan Kubek, permettre de mourir n’est pas donner la mort. L’Ordre des médecins n’admet pas l’euthanasie. Dans son document, la décision de ne pas pratiquer ce qui est appelé « l’acharnement thérapeutique » revient toujours au médecin chef. Celui-ci a l’obligation de respecter strictement la volonté du malade lorsque ce dernier ne souhaite pas arrêter les soins:

« Le droit du patient de rédiger des directives anticipées relatives à la fin de sa vie doit être respecté en toutes circonstances. »

Le document est favorablement accueilli par le personnel ayant une expérience directe des soins aux patients incurables, comme l’Association des établissements dispensant des soins palliatifs. Pour l’Union des patients, une certaine réserve est émise au nom des familles pour lesquelles le sentiment qu’on aurait pu faire encore quelque chose avant de suspendre les soins pourrait être difficile à accepter. L’Ordre des médecins a adopté le document après douze mois de débat intense et après consentement du comité national d’éthique.

01-03-2010