L’héritage de Václav Havel rappelé à l’Université de Columbia

La semaine dernière, un buste de l’ancien dissident devenu président, Václav Havel, a été dévoilé à l’Université de Columbia, à New York. Et c’est à Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat américaine, et elle-même d’origine tchèque, qu’est revenue la tâche d’évoquer l’héritage de son ami décédé en décembre 2011. Notre collègue de la rédaction anglaise Ian Willoughby était sur place pour l’occasion.

La semaine dernière, un buste de l’ancien dissident devenu président, Václav Havel, a été dévoilé à l’Université de Columbia, à New York, photo: Columbia UniversityLa semaine dernière, un buste de l’ancien dissident devenu président, Václav Havel, a été dévoilé à l’Université de Columbia, à New York, photo: Columbia University Nul n’est prophète en son pays : si en République tchèque, la personnalité de Václav Havel et son héritage ne font pas toujours l’unanimité, il n’en va pas de même ailleurs dans le monde, où il est perçu et respecté comme un grand chef d’Etat et défenseur des droits et de la démocratie.

Les Etats-Unis ne font pas exception, bien au contraire : le pays a toujours accueilli et honoré le dramaturge et président tchèque avec un enthousiasme qu’il lui a bien rendu. L’inauguration d’un buste en bronze à son effigie à l’Université de Columbia, jeudi dernier, n’est qu’un des nombreux honneurs accordés à Václav Havel. La sculptrice Marie Šeborová, auteure du buste en question, explique comment elle a travaillé :

« Je n’ai jamais eu l’occasion de le rencontrer personnellement, mais je le connais évidemment par les médias, la télévision ou la presse. J’ai donc utilisé de nombreuses photographies. J’ai notamment eu recours aux photos de prison, où on peut le voir de face, de côté, de derrière… C’est donc une compilation de toutes ces images, et je l’ai représenté comme ayant environ soixante ans. Mais évidemment, c’est ma vision de lui. »

Inaugurer une sculpture représentant Václav Havel, c’est évidemment l’occasion rêvée d’évoquer la pensée et la vision du monde chère à l’un des artisans principaux de la révolution de Velours. Dans son discours, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine sous la présidence Clinton, Madeleine Albright a relevé que la situation actuelle du monde n’aurait pas manqué de susciter l’inquiétude de Havel, s’il avait été encore en vie :

Madeleine Albright, photo: Columbia UniversityMadeleine Albright, photo: Columbia University « Il aurait clairement été frustré par l’incapacité du monde à arrêter les massacres en Syrie. Il aurait été profondément troublé par la réponse apportée par son propre pays et de nombre de ses voisins en Europe, à la crise des réfugiés. Il aurait été alarmé par la montée du nationalisme autoritaire, et par le basculement de certains pays d’Europe centrale, dont la Hongrie, la Pologne et même la République tchèque, vers une démocratie intolérante. Il aurait été inquiet que l’unité européenne soit minée par des forces externes et internes. Et je suis sûre qu’il aurait été dérangé par un président américain qui méprise ouvertement les valeurs démocratiques et l’Etat de droit. Il aurait été frustré, c’est sûr. Mais je suis aussi certaine que Václav Havel n’aurait pas laissé ces frustrations devenir du désespoir. Et nous devrions faire de même. »

Václav Havel a toujours aimé New York où il s’était rendu pour la première fois en mai 1968, pendant la période du Printemps de Prague, à l’occasion de la mise en scène d’une de ses pièces de théâtre. Il était rentré enthousiasmé par la contre-culture américaine bouillonnante à l’époque et nombre de personnalités qu’il rencontra l’époque devinrent des soutiens quelques années plus tard, lors des persécutions et des périodes d’emprisonnement qui marquèrent sa vie de dissident au régime communiste.

Jan Švejnar, photo: Columbia UniversityJan Švejnar, photo: Columbia University L’installation d’un buste de Havel à Columbia est aussi symbolique : il entretenait un lien particulier avec cette université de renom où il avait donné de nombreuses conférences, et qui l’avait accueilli en résidence. Un séjour au cours duquel, alors qu’il était revenu à la vie civile après avoir quitté le Château de Prague, il avait rédigé sa dernière pièce de théâtre, Odcházení (Sur le départ). Ancien conseiller économique de Václav Havel, Jan Švejnar a commenté avec une pointe d’humour de quelle façon l’ancien président tchèque aurait envisagé l’honneur qui lui a été fait :

« Comme l’a dit Madeleine Albright dans son discours, il aurait été ému et aurait beaucoup apprécié cette attention. D’un autre côté, Václav Havel était quelqu’un qui considérait les choses lui arrivant ou se passant dans le monde au cours de la seconde moitié du XXe siècle avec un certain sens de l’absurdité des choses. Donc, je pense qu’au moins dans son cercle d’amis, il aurait également considéré comme absurde d’être pour toujours installé au premier rang d’un lieu de connaissance mondiale. Je pense bien entendu que c’est mérité. Mais c’était un homme modeste et il verrait sans doute cela comme un nouveau développement inattendu de sa vie. »

La semaine dernière, un buste de l’ancien dissident devenu président, Václav Havel, a été dévoilé à l’Université de Columbia, à New York, photo: Columbia UniversityLa semaine dernière, un buste de l’ancien dissident devenu président, Václav Havel, a été dévoilé à l’Université de Columbia, à New York, photo: Columbia University