Les universités veulent lutter contre l’euroréalisme et l’euroscepticisme tchèques

03-04-2019

« Les universités s’unissent contre le risque de Czexit », titrait en Une de son édition de mardi Hospodářské noviny. Selon le quotidien économique, la désinformation, tant médiatique que politique, au sujet de l’Union européenne (UE) irrite les écoles supérieures du pays. Celles-ci, qui redoutent à terme un départ du pays de l’UE, se mobilisent donc, et ce après les doutes émis par le Premier ministre Andrej Babiš sur l’intérêt pour la République tchèque de présider le Conseil de l’UE en 2022.

Photo: Commission européennePhoto: Commission européenne « Spéciale », « particulière » ou encore « spécifique » : tels sont les adjectifs qui reviennent plus ou moins régulièrement pour qualifier la relation qu’entretient Andrej Babiš avec l’UE. Le chef du gouvernement a beau affirmer que l’appartenance à cette dernière est vitale pour la République tchèque et qu’une éventuelle sortie de cet « espace » serait une catastrophe (cf. : Andrej Babiš : l'Union européenne est "d'importance vitale" pour la Tchéquie), son attitude vis-à-vis de Bruxelles a, jusqu’à présent, davantage été teintée de réalisme que d’un européisme qui entraînerait les Tchèques derrière lui.

Ce n’est pas un hasard si les Tchèques comptent, depuis quelques années déjà, parmi les moins enthousiastes au sein des Vingt-Huit. Selon un sondage réalisé par l’agence STEM en mars dernier, seuls 40% des personnes interrogées considéreraient un Czexit comme « une mauvaise chose ». Sénateur indépendant, président de la commission en charges des affaires étrangères à la Chambre haute du Parlement et candidat à la dernière élection présidentielle, c’est aussi ce qu’avait reconnu Pavel Fischer dans un entretien accordé il y a quelque temps de cela à Radio Prague. Depuis, les choses ont peu ou pas évolué.

Pavel Fischer, photo: Archives de Radio PraguePavel Fischer, photo: Archives de Radio Prague « Je crois que le mot ‘sceptique’ est tout à fait approprié. Il ne s’agit pas d’une phobie dans la société tchèque, mais bien davantage d’une forme de scepticisme. Ce qui s’est passé, c’est que l’électorat qui se dit de gauche a commencé à douter comme s’il ne voyait pas que l’UE était aussi un rempart, un tissu de protection avec un pilier social. J’ai l’impression que les partis et les électeurs de gauche ont un souci structurel à appréhender la coopération au sein de l’UE. La conviction n’est pas automatique, elle doit être travaillée et construite, et c’est un processus qui n’est pas achevé dans la société tchèque. »

Sceptique, Andrej Babiš l’est par exemple quant à la présidence que devra assurer la République tchèque de l’UE durant le second semestre 2022. Récemment, le quotidien Deník N, en s’appuyant sur le témoignage de plusieurs membres du gouvernement, a publié l’information selon laquelle le Premier ministre estime que cette responsabilité est quelque chose de « cher et qui n’apporte rien ». Selon le journal, le leader du mouvement ANO aurait même évoqué la possibilité de renoncer à cette présidence tournante. Si l’intéressé s’est empressé de démentir et si l’information en question n’a pas provoqué de tollé non plus, le mal était néanmoins fait.

Comme le note le commentateur d’ Hospodářské noviny, « l’appartenance de la République tchèque à l’UE a beau faire partie des priorités du gouvernement, en réalité l’Union est considérée dans le meilleur des cas comme un gigantesque distributeur de subventions. Le mot d’ordre inavoué est : ‘donnez donc, mais ne nous demandez rien’. » Une analyse que confirmait aussi le politologue spécialiste de l’Europe centrale Jacques Rupnik dans un entretien accordé à Radio Prague en mai dernier :

« C’est vrai que ce risque existe avec une sorte de provincialisme ou aussi une vision de l’UE uniquement sous l’angle économique. Je crois que c’est dû à deux choses. D’une part, depuis les années 1990, il y avait l’idée que pour la sécurité, il y avait l’OTAN et les Etats-Unis. Pour la démocratie et la politique, ça, c’est l’affaire de chaque Etat. Et ce qu’il y a entre les deux, c’est à dire, essentiellement l’économie, les échanges, le commerce, ça c’est l’UE. C’est une vision assez britannique du projet européen. »

Une vision et une perspective d’avenir que redoutent donc les écoles supérieures, qui citent régulièrement l’exemple du Brexit. Las des discours trop souvent inexacts, parfois même inventés de toutes pièces, de certains politiciens, leurs dirigeants entendent instaurer un débat plus positif pour mieux faire comprendre aux Tchèques que l’appartenance de la République tchèque à l’UE est une question vitale pour la sécurité et la prospérité du pays (cf. aussi : https://www.radio.cz/fr/rubrique/economie/la-perspective-dun-czexit-inquiete-les-entreprises).

Photo: Site officiel de l'Université PalackýPhoto: Site officiel de l'Université Palacký C’est pourquoi l’Université Palacký à Olomouc (Moravie) a sollicité les recteurs des autres écoles. Pour l’heure, une vingtaine d’entre elles, publiques comme privées, ont répondu positivement à cet appel. Leurs professeurs et étudiants se rendront ainsi prochainement dans les écoles, collèges et lycées, mais aussi par exemple dans les maisons de retraite ou les auberges des villages, pour discuter et expliquer le véritable fonctionnement de cette UE si souvent décriée. Une nécessité alors que les dernières élections au Parlement européen en 2014 n’avaient mobilisé que 18% des électeurs tchèques et avaient été marquées par la courte victoire du mouvement ANO d’Andrej Babiš.

03-04-2019