Les Tchèques préféreraient l’heure d’hiver

En République tchèque aussi, l’initiative de la Commission européenne, qui envisage d’abolir le changement d'heure saisonnier à compter de 2019, fait débat. Et pour l’heure, tout laisse à penser que les Tchèques sont plutôt favorables au maintien de l’heure dite d’hiver pour toute l’année.

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková Pour les automobilistes tchèques, le 1er novembre est traditionnellement la date à compter de laquelle ils sont tenus, selon la législation et sous peine de possible contravention, de rouler avec des pneus dits « d’hiver », qui assurent une meilleure adhérence en cas de mauvais temps sur les chaussées glissantes. Cette année, alors que les températures en ce jeudi de Toussaint ont été davantage printanières qu’automnales et ont continué de flirter avec les 20 °C un peu partout dans le pays, c’est toutefois davantage l’heure d’hiver, à laquelle les Tchèques sont eux aussi passés dans la nuit de samedi à dimanche derniers, qui retenait l’attention des médias locaux.

Mercredi, en effet, le gouvernement, qui a débattu de la question, s’est prononcé en faveur de l’instauration de l’heure d’hiver pour les douze mois de l’année. Le Premier ministre Andrej Babiš, qui avait déclaré dans un premier temps qu’il avait d’autres choses autrement moins futiles à régler qu’une horloge, a indiqué que lui aussi préférait cette option et qu’il se rangeait derrière l’avis des spécialistes des rythmes biologiques. « Papy Andrej » a expliqué pourquoi :

Andrej Babiš, photo: ČTK/Vít ŠimánekAndrej Babiš, photo: ČTK/Vít Šimánek « Quand vous avez des enfants en bas âge, et je sais de quoi je parle puisque j’ai des petites-filles, et que le soleil se couche après 21 heures comme cela est le cas pendant l’été, ils vous disent qu’il y a encore de la lumière, qu’il ne peut donc pas encore être l’heure de dormir et ne veulent pas aller se coucher. »

La Commission européenne, qui envisage de supprimer le changement d'heure dès le printemps 2019, laisserait le soin aux Etats membres libres de décider au niveau national s'ils souhaitent appliquer de manière permanente l'heure d'été ou celle d'hiver. L'Autriche, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, est toutefois partisane d'un report de cette mesure à 2021, afin que des études complémentaires puissent être réalisées.

Ce délai serait toutefois inutile selon l’Institut physiologique de l’Académie des sciences de République tchèque, qui d’ores et déjà conseille le maintien de l’heure d’hiver. Plus généralement, c’est l’ensemble des spécialistes qui s’accorde sur le bien-fondé du respect de l’heure normale d’Europe centrale - mieux connue sous son appellation d’heure d’hiver -, à savoir un fuseau horaire en avance d’une heure seulement par rapport au temps universel. Ancienne présidente de l’Académie des sciences, physiologique et biochimiste, Helena Illnerová confirme qu’il s’agit même là, ne serait-ce que d’un point de vue sanitaire, d’une évidence :

Helena Illnerová, photo: Archives de Radio PragueHelena Illnerová, photo: Archives de Radio Prague « Sur cette question concrète, je suis convaincue qu’il faut respecter l’avis des experts et que ce serait une erreur de laisser les gens s’exprimer. Bien sûr que tout le monde a un avis, et c’est normal, mais les chercheurs sont unanimes : toutes les institutions internationales, que ce soit la Société européenne des rythmes biologiques ou la Société européenne de recherche sur le sommeil, s’accordent sur le fait que le mieux serait de rester à l’heure standard et d’abandonner l’heure d’été. »

En République tchèque, où une majorité de gens, à en croire les sondages, sont favorables au maintien de l’heure d’hiver, le premier passage à l’heure d’été remonte à 1916 sous l’Empire austro-hongrois. Ce n’est toutefois qu’en 1979 qu’il a été définitivement instauré pour la période allant de la fin du mois de mars à la fin du mois de septembre. Depuis 1996, son maintien est prolongé d’un mois jusqu’à fin octobre. Reste désormais à savoir pour combien de temps encore.