Les Tchèques de l’étranger à Prague

08-09-2010

Tous les deux ans, les Tchèques de l’étranger se réunissent pour une série de conférences comme ce fut le cas à Prague les 6 et 7 septembre. Rencontre avec Jaroslav Havelka, vice-président de l’association des Tchèques de Suisse.

Jaroslav Havelka (à gauche), photo: Radio PrahaJaroslav Havelka (à gauche), photo: Radio Praha « A l’époque on disait en Tchécoslovaquie et partout, que quand on a quitté le pays, on l’a trahi. Quand je suis parti à l’époque, je l’ai dit à ma mère et à mon père. Ils m’ont dit : ‘si tu veux le faire, fais-le. Mais n’oublie pas, si tu es dans une mauvaise situation ou si tu as des problèmes, reviens n’importe quand, les portes de la maison sont ouvertes.’ Les pays devraient se comporter à peu près comme les mères. Si quelqu’un n’est pas content dans le pays et veut partir, le pays devrait ouvrir la porte et dire qu’il peut revenir quand il veut. Il ne devrait pas les culpabiliser. Nous n’avons pas trahi le pays mais c’est le pays qui nous a trahi par son appartenance à l’Union soviétique. »

C’est avec ces mots que Jaroslav Havelka, vice-président de l’association des sociétés tchèques de Suisse a décrit le reproche fait par ceux qui sont restés derrière le rideau de fer aux émigrés de la période soviétique. Jaroslav Havelka, lui, est parti après le Printemps de Prague et considère qu’il n’a « pas quitté la Tchécoslovaquie mais l’Union soviétique, autrement je ne serai pas parti », précise-t-il. Au fil de ses pérégrinations, il s’est installé « par hasard » à Genève. Et depuis, il y vit et y préside la plus vieille société tchèque de Suisse, Beseda Slovan Ženeva, créée en 1901.

Photo: Radio PrahaPhoto: Radio Praha Et c’est donc à ce titre qu’il est venu s’exprimer à Prague lors de la conférence organisée les 6 et 7 septembre par la société des Tchèques de l’étranger, à laquelle Radio Prague est associée. Organisée tous les deux ans, Jaroslav Havelka y participe depuis plusieurs années. Au programme cette année : « Krajané a kultura », soit les Tchèques de l’étranger et la culture. Différents témoignages des quatre coins du monde (Etats-Unis, Autriche, Croatie, Ukraine, Suède…) ont présenté les multiples formes d’organisation des communautés tchèques à l’étranger, des manifestations qu’ils y organisent et la façon dont ils y font vivre la culture tchèque.

C’est également le cas en Suisse où Jaroslav Havelka organise différents événements culturels qui n’ont pas seulement pour but de célébrer la culture tchèque mais aussi de connecter les deux pays, Suisse et République tchèque.

Photo: Radio PrahaPhoto: Radio Praha « On se concentre sur des événements qui sont communs pour les Tchèques et les Suisses à Genève. Par exemple, il y a certaines personnalités qui ont vécu à Genève qui étaient dans les organisations politiques, comme Jan Masaryk et Tomáš Garrigue Masaryk, premier président de la Tchécoslovaquie, qui a eu l’idée de recréer l’Etat tchèque à Genève, lors de la célébration de Jan Hus en 1915. Donc, c’est un exemple autour duquel nous organisons des célébrations. Nous invitons des personnalités de la République tchèque du Sénat et du Parlement. Et c’est un événement qui est commun pour les Tchèques et pour les Suisses car beaucoup d’autorités suisses y participent. »

Le but étant selon lui d’essayer de mettre en lumière le « dénominateur commun entre les deux pays. » Outre les réformes protestantes aux XVe et XVIe siècles, une statue de Jan Palach a été érigée à Vevey.

La statue de Jan Palach à VeveyLa statue de Jan Palach à Vevey « Il y a une très belle statue de Jan Palach à Vevey. Un texte y explique que Jan Palach a sacrifié sa vie qui est si chère au cœur des citoyens suisses. Donc, c’est une connexion entre l’histoire des Tchèques et des Suisses qui apprécient la valeur de la liberté pour laquelle Palach s’est immolé. »

Si la taille de la communauté tchèque est loin d’être négligeable en Suisse, les Tchèques sont beaucoup plus nombreux dans la partie germanophone que dans la partie francophone. Une disparité qui s’explique principalement par la langue et la culture :

« Il me semble que pour les Tchèques, parler allemand était plus facile et plus proche. Beaucoup de gens à l’époque avaient déjà des contacts avec l’Allemagne. La culture alémanique est plus proche que la culture francophone. Les Tchèques avaient donc moins tendance à se rendre en Suisse francophone qu’en Suisse alémanique. »

En Suisse francophone, l’association compte 200 membres alors qu’en Suisse alémanique, 10 000 à 15 000 citoyens suisses sont d’origine tchèque.

08-09-2010