Les parlementaires tchèques et slovaques font de Liu Xiaobo leur candidat au prix Nobel de la paix

04-02-2010

Quarante députés et sénateurs tchèques membres de différents partis politiques ont nominé, mercredi, le dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo au prix Nobel de la paix. Une initiative similaire a également été menée en Slovaquie, où cinquante parlementaires ont signé en faveur de la nomination de l’intellectuel chinois, co-auteur de la Charte 08, un texte réclamant la démocratisation de la Chine directement inspiré de la Charte 77 en Tchécoslovaquie.

Liu XiaoboLiu Xiaobo Début janvier, Václav Havel et quelques-uns de ses amis anciens dissidents avaient déjà tenté d’apporter leur soutien à Liu Xiaobo, condamné en décembre à onze ans de prison pour incitation à la subversion du pouvoir d’Etat. Mais devant l’ambassade de Chine à Prague, où il entendait remettre une lettre destinée au président Hu Jintao, l’ancien président avait, sans surprise, trouvé porte close.

Photo: globalvoicesonline.orgPhoto: globalvoicesonline.org Cette fois, ce sont donc les parlementaires tchèques et slovaques qui ont pris le relais. Ils sont quatre-vingt-dix au total à avoir proposé le dissident chinois comme candidat au prochain prix Nobel de la paix. Liu Xiaobo a notamment rédigé l’ébauche de la Charte 08, un manifeste signé par plusieurs centaines d’intellectuels et activistes chinois des droits de l’homme qui réclame une réforme politique. Comme son nom l’indique, et comme l’explique Šimon Pánek, directeur de Clovek v tisni (L’homme en détresse), la plus importante ONG en République tchèque, la Charte 08 est directement inspirée de la pétition rédigée en 1977 par les dissidents tchécoslovaques :

Šimon PánekŠimon Pánek « Il y a effectivement une référence directe. La Charte 08, précisément dans l’esprit constructif qui était celui de la Charte 77, appelle à ce que le régime commence à respecter ce qu’il affirme respecter, ce qu’il a signé, commence à respecter ses propres lois et à permettre le dialogue dans des limites dont il affirme qu’elles sont possibles. En fait, cette charte ne réclame rien d’autre que le respect de ce que le régime déclare proposer à ses habitants. C’est justement sur ce point-là que repose son esprit constructif mais aussi cette façon de s’exprimer très prudente. La référence à la Charte 77 est donc évidente. C’est une charte qui est soutenue par plusieurs milliers d’intellectuels chinois, des professeurs d’université. Le but est de provoquer l’amorce d’un débat sur l’avenir de la Chine. Car la Chine va devoir résoudre son schisme entre la croissance économique, l’ouverture des frontières, les échanges colossaux avec le monde et une démocratie et des droits fondamentaux qui ne fonctionnent pas. Sinon, il y a aura, tôt ou tard, une explosion. »

A l’exception des communistes, quarante représentants de la majorité des partis politiques siégeant à la Chambre des députés et au Sénat tchèques ont signé la nomination. L’initiative a été prise par l’ancien ministre en charge des Affaires européennes, Alexandr Vondra, lui-même dissident sous le régime communiste en Tchécoslovaquie et signataire de la Charte 77. Il a précisé qu’il avait sollicité uniquement les personnalités politiques qui s’étaient engagées personnellement dans le passé dans la lutte en faveur des droits de l’homme et de la démocratie. Une initiative à laquelle se sont également joints Václav Havel et plusieurs dizaines d’autres signataires de la Charte 77, qui en guise de signature ont apposé le message « Gardiens du message de la Charte 77 ».

04-02-2010