Les miracles de Notre Dame

05-11-2009

Inspiré par le théâtre médiéval, Bohuslav Martinů a créé dans la première moitié des années 1930 un opéra qui échappe à toute classification. Il s’agit d’une tétralogie réunissant quatre légendes différentes qui ont pourtant un dénominateur commun – le pardon et la rédemption. Cette fresque lyrique intitulée « Hry o Marii (Les miracles de Notre Dame) » rapproche le mysticisme médiéval des élans de l’homme moderne. Elle figure, depuis le 29 octobre dernier, au répertoire du Théâtre national de Prague.

Pour monter ce spectacle ambitieux le metteur en scène et directeur de la troupe d’opéra du Théâtre national Jiří Heřman a fait appel à Jiří Bělohlávek considéré comme le meilleur chef d’orchestre tchèque du moment. C’est grâce à ces deux hommes que cet opéra insolite qui a découragé tant de directeurs de théâtre, renaît aujourd’hui sur scène. Pour le dramaturge du Théâtre national Ondřej Hučín c’est une œuvre exceptionnelle à plusieurs égards:

«Je pense qu’il s’agit d’un des opéras les plus originaux dans le répertoire tchèque et j’ose dire même un des opéras les plus originaux au monde. Son originalité réside dans son thème inspiré par les mystères du Moyen-âge et les légendes populaires et aussi dans la façon dont ce thème est traité. C’est un opéra d’avant-garde qui marie les styles et les moyens d’expression les plus divers, la danse, la parole, le chant. (…) Les moyens d’expression sont donc très variés et cette diversité se manifeste aussi dans la musique.»

En composant cette fresque lyrique, Bohuslav Martinů a puisé dans des genres qui semblent incompatibles - le chant religieux, le jazz, la grande musique symphonique ou le théâtre de la foire. Tandis que la première partie de l’opéra est une transposition de la parabole biblique sur les Vierges sages et les Vierges folles, la deuxième partie est basée sur un miracle flamand du XVe siècle. L’héroïne de cette légende, Mariken de Nimègue, est une belle et naïve campagnarde qui se laisse séduire par les pièges de la ville, se repent après avoir vu un spectacle sur la Vierge Marie et grâce à cela échappe à la damnation. La troisième partie, la Nativité, n’est qu’un prologue au dernier acte qui s’inspire également d’un vieux miracle médiéval. C’est l’histoire de Sœur Pascaline, jeune fille sortie du couvent, accusée d’avoir tué son amant, condamnée au bûcher et sauvée des flammes, in extremis, par la Vierge Marie.

Pour réaliser cette conception grandiose, les auteurs du spectacle ont mobilisé le chœur de l’opéra, le Chœur philharmonique de Prague, la Chorale d’enfants Kühn, la troupe de ballet, des danseurs externes et de nombreux chanteurs solistes. D’après Ondřej Hučín, deux cents personnes participent à cette production qui est une des plus importantes que le Théâtre national ait présenté au cours de ces dernières années:

«Il est vraiment surprenant que la scène du Théâtre national puisse contenir tant de monde. Je dois dire qu’on ne joue pas que sur la scène mais aussi dans la salle. Le metteur en scène a décidé d’inclure dans le spectacle vingt loges latérales. Cela aussi est inspiré un peu par le théâtre médiéval. En ce temps-là le public faisait souvent partie du spectacle. Bohuslav Martinů non seulement fait évoluer le chœur sur la scène, mais lui donne aussi le rôle de commentateur.»

La présentation de cet opéra est une contribution généreuse du Théâtre national de Prague au programme du festival « Martinů revisited » qui s’étend sur deux ans, car il est organisé à l’occasion du 50e anniversaire de la mort et du 120e anniversaire de la naissance du compositeur.

05-11-2009