Les jeunes Tchèques à la recherche des victimes oubliées de la Shoah (IIe partie)

03-11-2010

Retour sur le projet inédit, lancé il y a dix ans par le Musée juif de Prague et intitulé Les voisins disparus. Il s’agit d’une autre manière, sans doute plus ludique, malgré la gravité du sujet, d’enseigner l’histoire du XXe siècle : le projet incite les élèves des collèges et lycées à jouer aux détectives et à retrouver, dans leur région, la trace des personnes juives disparues pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les résultats de leurs enquêtes, présentés sous forme de panneaux et également sur Internet, ont donné lieu à une exposition itinérante. Elle circule essentiellement dans les écoles tchèques et motive, très fréquemment, ces dernières à lancer leurs propres enquêtes.

Marta VančurováMarta Vančurová Cette semaine, le Musée juif a organisé une rencontre des participants au projet qui remporte, grâce à son côté aventureux, un énorme succès auprès des jeunes : à ce jour, près de 200 établissements scolaires l’ont rejoint. Marta Vančurová, initiatrice de la manifestation Les voisins disparus, évoque les débuts de cette dernière :

« Il y a dix ans, les écoles n’étaient pas aussi bien équipées qu’aujourd’hui, elles n’avaient pas accès à Internet et aux e-mails, par exemple. Donc nous recevions, par courrier, des textes de la part des élèves. Un dossier a même été écrit à la main – il a été rédigé par un groupe de jeunes filles chrétiennes, elles avaient moins de 10 ans, je crois, et étaient originaires de Velhartice. Elles ont eu l’occasion de remettre leur travail au président Václav Havel. D’ailleurs, ce travail était parfait, bien documenté, avec des photographies, il avait tous les paramètres qu’il fallait. »

Effectivement, les règles sont strictement définies : les enfants doivent utiliser au moins trois sources d’information différentes, ils sont invités à consulter les archives régionales, contacter les survivants de la Shoah, apporter leurs témoignages. Les meilleurs travaux de cette première phase du projet ont été publiés sous forme d’un livre et ont donné lieu à un reportage télé. En 2005, le Musée juif a lancé une deuxième étape du projet Les voisins disparus, consacré cette fois à la recherche des jeunes victimes du génocide juif. Marta Vančurová :

« Les écoles qui existaient avant la guerre, jusqu’en 1942, disposaient de registres complets d’élèves, où l’on peut trouver les noms des personnes ayant quitté ces établissements. Bien sûr, il ne s’agissait pas uniquement de personnes d’origine juive, mais c’était justement la tâche des enfants : les retrouver, en comparant, par exemple, ces listes avec les noms des victimes juives qui figurent dans la base de données du Mémorial de Terezín. »

Photo: www.zmizeli-sousede.czPhoto: www.zmizeli-sousede.cz « Le lycée de Plzeň a mené cette idée à la perfection : ils ont réussi à découvrir, à partir d’archives, le destin de douze élèves juifs d’une même classe. Ils ont cherché sur Internet les proches d’un garçon qui s’appelait Löbner. En introduisant, dans le moteur de recherche, une autre variante de ce nom, avec l’orthographe ‘oe’, ils ont en effet découvert son petit-fils qui vit en Californie. »

L’exposition consacrée aux « voisins disparus » a été présentée, à plusieurs reprises, en Slovaquie, elle circule aussi en Allemagne et en Grande-Bretagne. Dans les trois pays, le projet a enthousiasmé les étudiants qui se sont mis, eux aussi, à rechercher les victimes oubliés de la Shoah. Curieusement, comme le précise Marta Vančurová, les traces de ces derniers ont presque à chaque fois conduits les jeunes Allemands et Britanniques en République tchèque, à Terezín…

« Désormais, nous voulons élargir le projet des ‘voisins disparus’ à la période 1945-1989. Le principe sera le même, les jeunes devront s’adresser aux archives et à l’Institut pour l’étude des régimes totalitaires qui est prêt à les accueillir. Nous souhaitons qu’ils rencontrent non seulement des personnes persécutées sous le communisme, mais aussi ceux qui ont été des victimes malgré eux. Des gens qui n’ont pas eu l’impression de souffrir sous le communisme, mais qui réaliseront, en répondant aux questions des enfants, que la vie sous ce régime était plus difficile qu’elle ne le paraît aujourd’hui. »

03-11-2010