L’élargissement de l’UE aux Balkans reste une priorité pour le groupe de Visegrád, déçu par la lenteur des négociations

03-12-2019

Elargir l’Union européenne aux pays des Balkans occidentaux est dans l’intérêt de tous, malgré la décision prise récemment par les Vingt-Sept de reporter à plus tard l’ouverture de négociations avec l’Albanie et la Macédoine du Nord. Réunis à Prague lundi, les ministres des Affaires étrangères des quatre pays du groupe de Visegrád (V4) se sont une nouvelle fois entendus sur ce point. Tomáš Petříček, le chef de la diplomatie tchèque, a rappelé que le V4, qui réunit la Tchéquie, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, souhaitait une poursuite des négociations avec les différents pays concernés.

Tomáš Petříček, Jacek Czaputowicz, Péter Szijjártó et Miroslav Lajčák, photo: ČTK/Ondřej DemlTomáš Petříček, Jacek Czaputowicz, Péter Szijjártó et Miroslav Lajčák, photo: ČTK/Ondřej Deml Les pays du V4 et des Balkans entretiennent historiquement des relations fortes. Mais celles-ci renforcent les inquiétudes dans les capitales d’Europe de l’Ouest que laisse entrevoir la perspective d’un renforcement du bloc des pays au comportement subversif – comprenez ceux d’Europe centrale - dans un club fondé à l’origine par les démocraties libérales occidentales.

Le veto mis par la France à l’ouverture de négociations d’adhésion à l’UE avec l’Albanie et la Macédoine du Nord n’est pas passé inaperçu à Prague en octobre dernier. La décision prise lors du sommet européen de reporter à plus tard les discussions avec Tirana et Skopje en vue d’un nouvel élargissement, qui divise toujours les Vingt-Sept, avait même été accueillie avec une certaine incompréhension dans les pays du V4. Ceux-ci sont favorables au principe d’une intégration des six pays des Balkans occidentaux (outre l’Albanie et la Macédoine du Nord, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie et le Kosovo). Réunis à Prague en septembre dernier avec leurs homologues des Balkans, les Premiers ministres hongrois, polonais, tchèque et slovaque ont d’ailleurs adopté une déclaration réitérant ce souhait de voir disparaître ce que la Télévision tchèque avait alors qualifié de « trou sur la carte de l’UE ».

Lundi, lors de la réunion avec ses homologues du V4, le ministre des Affaires étrangères hongrois a été le plus loquace, et ce alors que c’est un Hongrois, Oliver Varhelyi, qui est désormais chargé de la problématique de l’élargissement au sein de la nouvelle Commission européenne. Invité de la Télévision tchèque dans la soirée, le ministre Péter Szijjártó a rappelé pourquoi, aux yeux de Budapest, l’ouverture du « Club des Vingt-sept » à ces six nouveaux membres, qui n’en sont toutefois pas tous au même stade d’avancement dans leur rapprochement avec l’UE, est considérée comme une bonne chose :

Péter Szijjártó, photo: ČTK/Ondřej DemlPéter Szijjártó, photo: ČTK/Ondřej Deml « Je pense que c’est clairement dans l’intérêt de l’UE, que ce soit d’un point de vue politique, économique, stratégique ou sécuritaire. Les Britanniques vont quitter l’UE et c’est la première fois de son histoire que celle-ci verra le nombre de ses Etats membres se réduire. Je ne pense pas que cela donne une bonne image de l’Union. Il serait préférable de présenter des succès, et tout élargissement doit être considéré comme tel. Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts. Si nous parvenons à poursuivre le processus d’intégration plus vite que ce qui se passe actuellement, nous enverrons des ondes positives sur l’état de l’Union. »

En octobre dernier, le quotidien tchèque Hospodářské noviny avait d’ailleurs noté que « le jeu de [Emmanuel] Macron faisait les affaires d’abord de la Russie, qui profite dans les Balkans du manque de cohésion de l’Europe. » Une Russie qui se sert également de certains responsables politiques du V4 pour instrumentaliser sa politique antieuropéenne.

Lundi, les chefs de la diplomatie du V4, dont Prague assure la présidence tournante encore jusqu’à la fin de cette année, ont donc regretté que trop peu d’avancées aient été enregistrées sous Jean-Claude Juncker, dont le mandat de président de la Commission européenne s’est achevé la semaine dernière. Par ailleurs, tous ont noté également que depuis juillet dernier, la présidence finlandaise en cours de l’UE était la première sous laquelle aucun nouveau chapitre de négociations n’avait été ouvert avec les pays candidats, et ce alors que le Monténégro et la Serbie disposent du statut officiel de candidat depuis déjà respectivement 2010 et 2011.

03-12-2019