Léandre Alain Baker : « Ce qui m'intéresse, c'est la rencontre de l'autre »

« Je suis acteur, auteur et réalisateur. Mais tout cela, c'est le même métier, sauf qu'on déplace les règles ». C'est ainsi que Léandre Alain Baker, le grand invité de la 5ème édition du festival tchèque Afrique en création, résume ses multiples activités littéraires, théâtrales et cinématographiques. Tout au long de cette semaine, l'artiste congolais présente, à Prague et dans trois autres villes tchèques, sa pièce « Les jours se traînent, les nuits aussi », diffusée en première tchèque, ce mardi, sur la station de radio publique Vltava. Afrique en création, dont le but est de faire découvrir aux Tchèques la création théâtrale du continent noir, a déjà fait venir à Prague des auteurs dramatiques contemporains, tels Koffi Kwahulé, Caya Makhélé, José Pliya ou, l'année dernière, Kossi Efoui. En quelle mesure sont-ils proches à Léandre Alain Baker ?

 « Evidemment, je me sens proche d'eux, puisque, pour la plupart, ce sont des amis. Vous savez, l'écriture dramatique a pris son essor à partir des années 1980, en Afrique surtout. C'est venu essentiellement par un écrivain qui s'appelle Sony Labou Tansi, sur qui j'ai fait d'ailleurs un documentaire et qui est mort depuis une quinzaine d'années. C'est un monsieur qui écrivait tout le temps, comme un fou, comme un boxeur... Il ne pouvait pas ne pas écrire. Son théâtre a influencé plusieurs générations. Je ne dis pas que je m'inspire de ce qu'il a fait, moi, j'ai un autre style. Mais il nous a, en tout cas, ouvert la voie au niveau international. Il a eu beaucoup de prix, il avait lui-même une compagnie de théâtre qui tournait partout dans le monde, donc ça nous a vraiment ouvert les portes. Mais moi, je me range plutôt parmi ce qu'on pourrait appeler les écrivains... il y a quelqu'un qui avait un bon mot là-dessus... les negro-politains. Les écrivains de l'exil. C'est dans l'exil que j'arrive à parler de l'Afrique et du Congo. »

Vous ne seriez pas capable si vous étiez resté dans le pays ?

« Ah si ! Mais il ne m'a jamais été donné d'écrire du théâtre sur place. Ce qui m'intéresse, moi, ce sont les rapports nord-sud. C'est la rencontre de l'autre. Comment vivons-nous ensemble, qu'allons nous faire pour être bien ensemble...C'est un théâtre métissé et non pas revendicatif, militant. Non, non. C'est plutôt psychologique. Ce sont des histoires de femmes et d'hommes, leurs souffrances, leurs difficultés à avancer dans la vie. »

La rencontre est aussi au coeur de votre pièce « Les jours se traînent, les nuits aussi ». Quelle est l'histoire de sa création ?

 « Ce n'est pas une histoire personnelle, mais je me souviens que quand j'étais arrivé récemment en France et quand je prenais l'ascenseur par exemple, les gens ne me disaient pas bonjour. Ou alors me disaient bonjour sans vraiment me regarder. Il n'y avait pas d'accueil, de chaleur. Un jour, je me suis mis à penser si jamais un jour, ces gens-là rentraient à la maison et trouvaient un inconnu qui s'était installé chez eux... que va-t-il se passer ? Est-ce qu'ils vont appeler la police, est-ce qu'ils vont se mettre à se parler pour savoir qui est l'autre ? J'étais parti de ça. »

Retrouvez Léandre Alain Baker, venu à Prague dans le cadre du festival Afrique en création, dans notre magazine Culture sans frontières.